Trois fillettes vendaient un portrait. Puis il a reconnu ce visage-nga9999

« Pouvez-vous acheter ce tableau ? »

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La voix de la petite fille était si fine que le vent froid aurait pu l’effacer avant d’atteindre Dante Russo.

Il ne s’est pas arrêté tout de suite.

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Sur cette avenue trop propre, avec ses vitrines fermées, ses lumières blanches et ses passants qui rentraient le menton dans leur écharpe, personne ne regardait vraiment les enfants assis au sol.

Dante, encore moins que les autres.

Il avait un dîner privé dans moins de vingt minutes, trois hommes armés derrière lui, et un vieil ennemi qui l’attendait autour d’une table comme si les vieux comptes finissaient toujours par se régler avec du vin et un sourire.

Puis la fillette a repris.

« S’il vous plaît, monsieur. C’est le visage de notre maman. Elle est malade et on a besoin de médicaments. »

Dante s’est arrêté.

Il y avait une odeur de pluie sur la laine des manteaux, le bruit lointain d’un bus qui freinait, et cette sensation de froid qui remonte par les semelles quand on reste trop longtemps immobile.

Il s’est retourné.

Trois petites filles étaient là, sous le store rayé d’une boutique fermée.

Elles devaient avoir six ans.

Identiques.

Le même châtain cuivré emmêlé par le vent, les mêmes joues trop pâles, les mêmes yeux verts, grands et sérieux, des yeux d’enfants qui avaient déjà appris à regarder les adultes avant de leur faire confiance.

L’une tenait une vieille boîte de café où tremblaient quelques pièces.

L’autre serrait contre elle une écharpe pliée.

La troisième se tenait devant une petite toile, le corps placé comme un barrage.

Dante a regardé le tableau.

Pendant une seconde, l’avenue a disparu.

Plus de vitrines.

Plus de voitures.

Plus de dîner.

Plus de Nico qui, derrière lui, murmurait déjà qu’ils étaient en retard.

Il n’y avait que ce visage peint près d’une fenêtre, cette lumière sur une joue, ces cheveux blond foncé tombant sur les épaules, et ces yeux verts qui l’avaient regardé autrefois comme si le monde pouvait encore être simple.

Élena Moreau.

Sa Élena.

La femme qu’il avait enterrée sept ans plus tôt.

Il a senti son souffle se bloquer au milieu de sa poitrine.

« Patron », a dit Nico tout bas. « On doit y aller. »

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