Quand Ma Mère A Retiré L’Oxygène De Ma Fille, La Pièce S’Est Figée-nhu9999

La maison de mes parents n’avait jamais été aussi propre que ce matin-là, et c’est peut-être pour ça qu’elle m’a paru aussi dangereuse.

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Le parquet sentait la cire, le produit au citron piquait un peu le nez, et une bougie à la cannelle brûlait sur la cheminée comme si une odeur pouvait réparer des années de tension.

Ma mère, Françoise, passait d’une pièce à l’autre depuis 8 h 17, panière contre la hanche, torchon sur l’épaule, bouche serrée.

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Chaque fois qu’elle voyait un coussin mal placé, une tasse posée trop près du bord ou un manteau qui dépassait du porte-manteau, elle lançait un ordre sans même regarder la personne en face.

Ma sœur aînée, Camille, devait arriver avec son mari, Julien, et leurs trois enfants pour le long week-end.

Chez nous, quand Camille venait, la maison devait ressembler à une vitrine.

Pas parce que Camille l’exigeait.

Parce que ma mère voulait que personne ne voie jamais ce qui vivait vraiment entre ces murs.

Moi, je m’appelais Claire, j’avais appris depuis longtemps à me rendre utile pour éviter les remarques, mais ce matin-là, je n’avais pas la place de jouer la fille docile.

Ma fille, Léna, quatre ans, était assise près de la table basse avec son masque à oxygène sur le visage.

Elle coloriait un dinosaure vert avec une couronne de princesse, très concentrée, ses petites boucles brunes tombant sur son front et ses doigts tenant le feutre comme si le trait devait être parfait.

Léna était née à vingt-huit semaines.

Depuis sa naissance, ses poumons avaient toujours eu un temps de retard sur le reste du monde.

Dans mon sac, je gardais les feuilles d’accueil de l’hôpital, les bons de livraison d’oxygène, un dossier du service de pneumologie et un carnet à spirales où j’écrivais ses saturations.

J’avais honte, parfois, d’être devenue cette mère qui note tout, qui vérifie tout, qui écoute les respirations dans la nuit au lieu de dormir.

Puis je me souvenais qu’un chiffre noté à temps pouvait parfois empêcher une catastrophe.

Ce matin-là, Léna n’était pas au plus mal, mais elle n’était pas bien.

Sa respiration était courte, son thorax travaillait plus que d’habitude, et la machine à oxygène posée près du canapé faisait ce petit ronronnement régulier qui m’a toujours donné à la fois envie de pleurer et de remercier quelqu’un.

Elle ne gênait personne.

Elle ne faisait pas de caprice.

Elle respirait.

Ma mère est entrée dans le salon avec un chiffon à poussière et a vu le tuyau qui passait sur le tapis.

Son visage a changé comme si elle venait de découvrir une faute.

« Pourquoi elle reste assise comme ça ? »

J’ai répondu doucement, parce que je savais déjà que le ton serait utilisé contre moi si je le laissais monter.

« Elle doit se reposer, maman. Sa respiration n’est pas bonne aujourd’hui. »

Françoise a regardé Léna, puis la table basse, puis les étagères.

« Elle peut faire la poussière. Elle a des mains. »

J’ai senti quelque chose se fermer dans ma poitrine.

« Non. Elle ne peut pas. »

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