Quand le mensonge de ma mère aux urgences a fait tomber Victor-nga9999

Mon beau-père me frappait presque tous les jours pour s’amuser.

"
"

C’est une phrase simple, presque trop nette, et pendant longtemps je n’ai pas réussi à la dire sans avoir l’impression de trahir quelque chose.

Pas lui.

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Moi.

Parce que quand on vit avec quelqu’un comme Victor Payen, on apprend à donner d’autres noms aux choses.

On ne dit pas violence, on dit mauvaise humeur.

On ne dit pas peur, on dit ambiance tendue.

On ne dit pas coup, on dit accident, maladresse, dispute, moment qui a dégénéré.

Ma mère avait perfectionné cet art jusqu’à en faire une seconde langue.

Dans notre appartement, Victor n’était pas Victor.

Il était monsieur.

Elle disait ce mot avec une voix basse, pressée, presque respectueuse, comme si l’appeler ainsi pouvait l’adoucir.

Moi, je l’ai appelé monsieur aussi au début.

Puis j’ai compris que les mots n’adoucissaient rien.

Ils servaient seulement à lui donner plus de place.

Victor aimait les excuses minuscules.

Une assiette posée trop fort.

Une porte refermée trop vite.

Un tee-shirt plié avec une manche de travers.

Un regard qui ne baissait pas assez vite.

Il pouvait transformer n’importe quoi en faute, et n’importe quelle faute en permission.

Le soir, il s’installait souvent dans son fauteuil avec une bière à la main.

Parfois, il ne regardait même pas la télévision.

Il me regardait moi.

Il attendait que je passe dans son champ de vision, puis il souriait.

« Violette, viens ici. Je m’ennuie. »

Cette phrase avait fini par me glacer plus que ses cris.

Les cris, au moins, faisaient semblant d’avoir une raison.

L’ennui, non.

L’ennui voulait dire qu’il avait besoin de sentir quelqu’un plus petit que lui.

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