L’urgentiste qui a vu bouger la joue de Léo sous ses gants bleus-nga9999

Après sept ans aux urgences, j’ai cru connaître la peur.

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Puis un beau-père a traîné Léo, neuf ans, sous la pluie et a lâché : « Donnez-moi des antibiotiques, je bosse dans trois heures. »

Je n’ai pas crié.

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J’ai seulement reculé sa capuche, et ce qui bougeait sous sa joue n’était pas une piqûre.

Il était 3 h 14 du matin, l’heure où un service d’urgences paraît presque immobile alors qu’il ne dort jamais vraiment.

La pluie tapait contre les portes du sas ambulances avec un bruit sec et régulier, comme des doigts patients sur une table métallique.

La salle d’attente pédiatrique était vide, ce qui ne rend jamais un hôpital plus rassurant.

Les chaises en plastique étaient alignées trop proprement, les magazines avaient des couvertures cornées, et un gobelet en carton refroidissait près du comptoir d’accueil.

Dehors, le parking brillait sous les lampadaires, noir, lisse, fermé par cette pluie de côte Atlantique qui donne aux vitres l’air d’être scellées.

Dedans, tout sentait la javel, les manteaux mouillés, le café brûlé et la fatigue que les soignants gardent derrière leurs yeux jusqu’au matin.

J’étais urgentiste depuis sept ans, quatre mois et douze jours.

Avec le temps, on apprend à entendre ce que les gens ne disent pas.

On entend la panique dans une voix avant les mots.

On entend aussi l’irritation.

Quand les portes d’entrée ont raclé le sol et que Grégory est arrivé en tirant Léo par le poignet, ce n’est pas l’enfant que j’ai vu en premier.

C’est l’absence de peur chez l’adulte.

Il ne cherchait pas de l’aide.

Il cherchait à se débarrasser d’un retard.

Il était grand, trempé, les chaussures couvertes de boue séchée, une veste de travail lourde collée aux épaules par la pluie.

Sa main tenait le poignet gauche du garçon comme on tient un sac qu’on veut empêcher de tomber.

Léo portait un sweat gris trop large, la capuche basse, les jambes raides sur le carrelage mouillé.

Il ne pleurait pas.

Les enfants en vraie douleur ne pleurent pas toujours.

Parfois, ils économisent leurs forces parce qu’ils savent que personne ne viendra les consoler.

Sarah, l’infirmière d’accueil, a levé les yeux et son visage est resté parfaitement neutre.

C’est comme ça que j’ai su qu’elle l’avait vu aussi.

Un parent terrifié se penche vers son enfant.

Grégory se penchait vers la sortie.

« Je veux une ordonnance », a-t-il dit. « Des antibiotiques forts. Azithromycine, amoxicilline, ce que vous donnez d’habitude. Faites vite. Je travaille dans trois heures. »

Sarah a demandé calmement le prénom de l’enfant.

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