Les motards sont revenus pour la fillette que l’hôpital croyait seule-nga9999

Je travaille comme infirmière en pédiatrie depuis plus de vingt ans, et je croyais connaître toutes les formes de courage qu’un enfant peut inventer pour traverser une chambre d’hôpital.

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Je me trompais.

C’était un dimanche de fin septembre, un de ces après-midis encore chauds où la lumière reste longtemps accrochée aux vitres, même quand les couloirs sentent déjà le désinfectant, le plastique médical et le café trop vieux.

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Au quatrième étage de l’hôpital pédiatrique Saint-Gabriel, la chambre 418 donnait sur une grande avenue où les voitures passaient sans lever les yeux.

Dans cette chambre, une petite fille de sept ans, Émilie Roussel, était assise dans son lit avec un cahier de coloriage ouvert sur les genoux.

Elle avait une couverture fine sur les jambes, un bracelet blanc autour du poignet, et un pot de crayons posé sur la table roulante.

Le violet était toujours au-dessus.

Sa mère, Claire, avait trente-quatre ans et vivait depuis trois mois entre le fauteuil en skaï près du lit, la salle de repos, les plateaux-repas et les appels qu’elle prenait à voix basse dans le couloir.

Elle avait appris à dormir par morceaux.

Elle avait appris à sourire avant même que sa fille ouvre les yeux.

Elle avait appris à répondre « ça va aller » avec une voix stable, même quand ses mains tremblaient autour d’un gobelet de café noir.

Trois mois plus tôt, les médecins avaient découvert chez Émilie une maladie du sang à un stade précoce.

Le dossier médical employait des mots prudents.

Traitement immédiat.

Surveillance rapprochée.

Réponse encourageante possible.

Les adultes aiment les mots qui laissent une porte entrouverte.

Les enfants, eux, voient surtout la porte fermée de leur chambre.

Pour Émilie, l’hôpital n’était pas un pronostic.

C’était les bips de la machine pendant la nuit, les médicaments amers, les draps trop froids, les cheveux qui restaient sur l’oreiller, la récréation manquée, les anniversaires des autres, et son chien qu’elle ne pouvait pas serrer contre elle.

Elle parlait souvent de sa chambre rose.

Elle parlait des étoiles phosphorescentes collées au plafond.

Elle demandait si sa maîtresse se souvenait encore de sa place.

Claire répondait toujours oui.

Puis elle lui caressait le front, très doucement, comme si la peau de sa fille était devenue un papier fragile.

Les infirmières connaissaient leur rythme.

Nous savions que Claire buvait son café sans sucre.

Nous savions qu’Émilie détestait les desserts à la banane.

Nous savions qu’elle acceptait les soins plus facilement quand on lui laissait tenir un crayon violet dans la main.

Nous savions aussi qu’elle ne souriait plus.

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