Le voisin rejeté gardait la vérité sur mon père depuis 40 ans-nga9999

Le voisin que mes parents appelaient « dangereux » est mort seul, et à son enterrement on m’a remis une lettre qui expliquait pourquoi ma famille l’avait craint pendant 40 ans.

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Je m’appelle Thomas Moreau.

J’ai quarante ans, je suis professeur d’histoire dans un lycée, divorcé, sans enfants, et jusqu’à ce matin-là, je croyais connaître au moins les grandes lignes de ma propre famille.

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Je me trompais.

Le matin de l’enterrement, une pluie fine tombait sur le cimetière municipal, le genre de pluie qui ne fait pas de bruit mais qui traverse les manteaux.

Le gravier collait aux semelles, les parapluies grinçaient dans le vent, et l’air sentait la terre mouillée, les fleurs bon marché et la cire froide de la petite chapelle.

Monsieur Bernard Laurent descendait dans la tombe presque sans témoins.

Il y avait le prêtre, deux employés du cimetière, une vieille voisine avec un parapluie noir trop grand pour elle, et moi.

Personne d’autre.

Pas de famille autour du cercueil.

Pas de main posée sur l’épaule d’un proche.

Pas de groupe silencieux serré les uns contre les autres pour se donner du courage.

Juste moi, devant cet homme qu’on m’avait appris à craindre avant même que je sache écrire son nom.

La phrase de mon père m’est revenue comme une gifle ancienne.

— Cet homme n’est pas ton voisin, Thomas… c’est un danger pour cette famille. Et si je te vois lui parler, tu vas le regretter.

J’avais six ou sept ans la première fois qu’il m’avait dit ça.

Mon père, Philippe Moreau, ne parlait jamais fort quand il voulait vraiment faire peur.

Il baissait la voix.

Il rapprochait son visage du mien.

Puis il attendait que je comprenne que la discussion était finie.

Ma mère, Anne, faisait pire encore.

Elle ne criait pas non plus.

Elle devenait pâle, tirait les rideaux, et disait seulement :

— Ne pose pas de questions.

Dans leur bouche, Monsieur Bernard n’était jamais Monsieur Laurent.

Il était « lui ».

« Ne regarde pas chez lui. »

« Ne réponds pas s’il te parle. »

« Ne passe pas par ce côté-là du jardin. »

Nos deux maisons étaient séparées par un mur beaucoup trop haut, construit quand j’étais petit, officiellement pour « l’intimité ».

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