Le Vocal De Sa Voisine Morte Venait De La Cuve Sur Le Toit-nga9999

Ma voisine a été enterrée hier à midi.

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Aujourd’hui, à 2 h 17 du matin, elle m’a envoyé un vocal depuis son propre téléphone.

Le message ne durait que six secondes.

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On y entendait du vent, un souffle cassé, puis sa voix.

« N’ouvre pas la cuve d’eau… j’ai laissé le petit là. »

J’ai regardé l’écran dans la lumière jaune du toit-terrasse, avec la couverture humide qui me trempait les chaussures, et pendant quelques secondes je n’ai plus su où poser ma respiration.

Claire était morte depuis moins de douze heures.

Je l’avais vue disparaître sous la terre.

J’avais porté un côté de son cercueil.

Et son fils, Hugo, avait disparu depuis quatre ans.

Pas fugue.

Pas dispute.

Pas enlèvement clair.

Une disparition propre, atrocement propre, sans sang, sans cri retrouvé, sans sac d’école abandonné, sans petite basket oubliée dans une cage d’escalier.

Dans notre résidence, personne ne parlait de Claire, ou alors très bas.

On disait « la dame du 2A » quand on ne voulait pas prononcer son prénom.

On disait « depuis l’histoire de son fils » quand on voulait éviter le mot disparition.

On disait surtout qu’il valait mieux la laisser tranquille.

Notre immeuble n’avait rien d’extraordinaire.

Des boîtes aux lettres rayées, un tableau de sonnettes qui grésillait quand il pleuvait, une minuterie d’escalier qui s’éteignait toujours un étage trop tôt, et des voisins qui savaient tout sans jamais rien savoir officiellement.

Claire habitait au 2A depuis longtemps.

Avant, elle souriait facilement.

Elle montait ses courses dans un panier de marché élimé, tenait la porte aux anciens, donnait parfois des glaces maison aux enfants quand il faisait trop chaud dans la cour.

Elle avait cette façon de vivre en faisant peu de bruit, mais en laissant derrière elle des traces simples : un palier balayé, un sac poubelle descendu pour une voisine malade, un mot glissé sous une porte pour prévenir d’une fuite.

Après la disparition d’Hugo, elle a cessé d’occuper l’espace.

Elle marchait près des murs.

Elle disait bonjour sans lever les yeux.

Elle sortait avec le même peignoir gris sous un manteau trop grand, les cheveux attachés n’importe comment, et ce panier de marché au bras, même quand il ne contenait qu’un paquet de pâtes et une boîte de lait.

La douleur ne rend pas toujours les gens bruyants.

Parfois, elle les rend transparents.

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