Le Vieux Voisin Enterré Sans Famille Cachait Notre Plus Grande Vérité-nga9999

Le matin où Bernard Lefèvre a été enterré, la pluie tombait sans violence, comme si même le ciel avait renoncé à faire du bruit.

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La terre du cimetière sentait le froid, le lierre mouillé et la pierre lavée depuis trop longtemps.

Je tenais mon parapluie d’une main, le col de mon manteau de l’autre, et j’entendais l’eau frapper les fleurs posées près de la fosse.

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Il n’y avait presque personne.

Un prêtre, deux fossoyeurs, une vieille voisine qui tremblait sous son parapluie, un jeune avocat au manteau noir, et moi.

Moi, Thomas Moreau, quarante ans, professeur d’histoire dans un lycée, divorcé, sans enfant, debout devant la tombe de l’homme que mes parents m’avaient appris à éviter.

Quand le cercueil est descendu, une phrase de mon père m’est revenue avec une netteté brutale.

— Cet homme n’est pas ton voisin, Thomas… c’est un danger pour notre famille.

J’avais sept ans la première fois qu’il me l’avait dite.

Il ne l’avait pas murmurée comme un conseil.

Il l’avait lancée comme une menace.

— Et si je te revois lui parler, tu vas le regretter.

Pendant longtemps, j’avais cru que tous les enfants avaient une maison interdite à côté de la leur.

La nôtre était celle de Bernard.

Une petite maison mitoyenne, avec des volets gris, trois pots de géraniums, une porte d’entrée un peu déformée par l’humidité et une vigne vierge qui montait jusqu’au premier étage.

Elle n’avait rien d’effrayant.

Bernard non plus.

Il portait souvent un gilet brun, marchait doucement, disait bonjour aux gens même quand ils faisaient semblant de ne pas l’entendre.

Mais chez nous, son nom suffisait à faire tomber le silence.

Mon père, Jean Moreau, changeait de trottoir s’il l’apercevait.

Ma mère, Anne, tirait les rideaux quand Bernard sortait acheter son pain.

Ils avaient fait poser une grille haute entre les deux jardins, noire, froide, ridicule, comme si un secret pouvait être tenu en place avec du métal.

Quand je demandais pourquoi, ma mère devenait pâle.

— Il y a des choses qu’un enfant n’a pas à savoir.

— Qu’est-ce qu’il a fait ?

— Tu n’as pas à savoir, Thomas.

Puis elle ajoutait toujours la même phrase.

— Ne t’approche jamais de cet homme.

Un après-midi, mon ballon a roulé sous la grille.

Je me suis mis à genoux dans l’herbe humide pour le récupérer, et j’ai vu un trou près du sol, assez large pour apercevoir l’autre jardin.

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