Le livret jeté dans la tombe qui a fait appeler la police-nga9999

Mon père a jeté le livret d’épargne de ma grand-mère dans sa tombe en disant qu’il ne valait rien.

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Le lendemain matin, quand je l’ai apporté à la banque, la guichetière a blêmi avant de demander qu’on appelle la police.

Tout avait commencé la veille, devant une fosse encore ouverte, sous un ciel bas qui collait aux épaules comme une mauvaise nouvelle.

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La cloche de l’église venait de se taire, et l’air sentait l’herbe humide, les fleurs funéraires et le café noir renversé près des chaises pliantes.

Ma robe noire n’était même pas à moi.

Une collègue me l’avait prêtée après l’appel de l’hôpital, à 3 h 18 du matin, quand une voix trop douce m’avait demandé de venir signer les derniers papiers.

Je n’avais pas dormi.

Je n’avais presque pas mangé.

J’avais encore dans la bouche le goût sec des biscuits avalés devant l’accueil, pendant qu’on roulait le chariot de linge dans le couloir.

Ma grand-mère Marie était morte au petit matin, dans cette chambre d’EHPAD où les rideaux sentaient toujours la lessive froide.

Deux nuits avant, elle m’avait serré la main avec une force que je ne lui connaissais plus.

« Camille, ne laisse pas Michel le trouver », avait-elle murmuré.

Michel, c’était mon père.

Elle ne disait jamais mon père quand elle parlait de lui.

Elle disait Michel, comme si le mot devait rester à distance.

Je n’avais pas compris tout de suite.

Je savais seulement qu’elle avait peur de lui, et que cette peur-là ne ressemblait pas à une inquiétude de vieille dame.

Elle ressemblait à quelque chose d’appris, de vérifié, de rangé depuis longtemps dans un tiroir qu’on n’ouvre que quand il n’y a plus le choix.

Au cimetière, mon père n’a pas pleuré.

Il portait des gants noirs, un manteau impeccable, et ce sourire qu’il réservait aux moments où il voulait faire croire qu’il contrôlait tout.

Quand l’employé a demandé si quelqu’un voulait déposer un dernier objet, je l’ai vu glisser la main dans la poche intérieure de son manteau.

Il a sorti le petit livret bleu.

Mon cœur a fait un bruit étrange dans ma poitrine.

C’était celui de Mamie Marie.

Celui qu’elle gardait dans une boîte métallique à biscuits, enveloppé dans un torchon à fleurs, sous son lit.

Celui qu’elle posait parfois sur la table de la cuisine, près d’une tasse ébréchée, d’un ticket de marché et d’une enveloppe où elle avait écrit POUR CAMILLE.

Mon père l’a tenu entre deux doigts.

Puis il a dit : « Ce truc ne vaut pas un centime. Qu’il pourrisse avec elle. »

Et il l’a jeté.

Le livret a touché le côté du cercueil, a glissé sur les roses fanées, puis il est tombé dans la terre humide avec un petit bruit mou.

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