Le Livret Jeté Dans La Tombe A Fait Blêmir Toute La Banque-nga9999

Mon père a jeté le livret d’épargne de ma grand-mère dans sa tombe en disant qu’il ne valait rien.

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Le lendemain matin, quand je l’ai posé sur le comptoir d’une agence bancaire, la guichetière a perdu toutes ses couleurs avant de demander qu’on appelle la police.

Tout avait commencé au cimetière, sous une pluie fine qui rendait les allées grasses et les manteaux lourds.

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La cloche de l’église venait de s’arrêter, mais j’avais encore son bruit dans la poitrine, ce son rond et froid qui semble continuer longtemps après le silence.

L’air sentait l’herbe mouillée, la cire des fleurs funéraires et le café noir renversé près des chaises pliantes.

Je portais une robe noire qu’une collègue m’avait prêtée parce que je n’avais rien d’assez correct pour enterrer la femme qui m’avait élevée.

La robe me collait aux genoux, mes chaussures s’enfonçaient dans la boue, et j’avais les mains si froides que je ne sentais presque plus mes doigts.

Mamie Sarah reposait dans son cercueil, au fond de cette fosse ouverte, et mon père se tenait juste à côté avec ses gants noirs bien tirés sur les poignets.

Il ne pleurait pas.

Il n’avait pas pleuré à l’hôpital, pas pleuré pendant la cérémonie, pas pleuré quand l’officiant avait parlé de patience, de bonté et de famille.

Il regardait la tombe comme un homme qui surveille la fermeture d’un dossier.

Puis il a sorti le petit livret bleu de la poche intérieure de son manteau.

Je l’ai reconnu tout de suite.

C’était celui que Mamie Sarah gardait dans une boîte métallique de biscuits de Noël, enveloppé dans un torchon à fleurs, sous son lit.

Celui qu’elle sortait une fois par mois, toujours après son passage à l’agence bancaire, toujours avec ce même geste lent, comme si le papier était fragile.

Deux nuits avant sa mort, dans sa chambre d’EHPAD, elle m’avait serré la main et elle avait dit : « Émilie, ne laisse pas Michel le trouver. »

Michel, c’était mon père.

C’était aussi la seule personne dont ma grand-mère avait vraiment eu peur.

Quand j’étais petite, je croyais que les adultes avaient peur des maladies, des factures, des accidents ou du temps qui passe.

Plus tard, j’ai compris que certaines femmes âgées ont surtout peur de l’homme de leur propre famille qui sait où sont rangés les papiers.

Mon père a levé le livret assez haut pour que tout le monde le voie.

Mes oncles ont baissé les yeux.

Mes cousins se sont rapprochés sans avoir l’air de le faire.

Jessica, ma belle-mère, a croisé les bras derrière ses lunettes noires.

Mon demi-frère Théo mâchait un chewing-gum à la menthe, comme si nous étions devant l’entrée d’un supermarché et non autour d’une tombe.

Mon père a dit : « Ce truc ne vaut pas un centime. Qu’il pourrisse avec elle. »

Puis il l’a jeté.

Le livret a heurté le bord du cercueil, a glissé sur une gerbe de roses déjà abîmées, puis il est tombé dans la terre humide avec un bruit mou.

Personne n’a bougé.

Une main est restée suspendue au-dessus d’un sac à main.

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