Le Livret De Mamie Lulu Cachait Le Mensonge Qui A Brisé La Famille-nhu9999

Mon père a jeté le livret d’épargne de ma grand-mère dans sa tombe en disant que ça ne valait rien.

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Le lendemain, à la banque, la conseillère est devenue si pâle qu’elle a appelé la police.

La terre du cimetière collait aux semelles, et l’odeur de laine mouillée se mêlait à celle des chrysanthèmes écrasés.

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Quand Victor Simon a lancé le petit livret bleu sur le cercueil ouvert de Mamie Lulu, le bruit a été presque ridicule, un petit claquement mou sur le bois clair.

Personne n’a bougé.

Ni mes oncles.

Ni mes cousins.

Même le prêtre, qui venait de finir la dernière prière au cimetière communal, a gardé les yeux baissés, comme s’il venait d’entendre quelque chose qui ne lui appartenait pas.

« Ce petit livret ne vaut même pas un centime », a lancé mon père. « Laisse-le pourrir avec la vieille. »

Le vent passait entre les manteaux noirs, soulevant les rubans des couronnes, et je sentais la boue entrer par le bord de mes chaussures.

J’avais vingt-sept ans, une robe noire empruntée, les cheveux attachés avec un élastique trouvé au fond de mon sac, et la fatigue serrée derrière les yeux.

Deux nuits plus tôt, Mamie Lulu m’avait agrippé la main dans son lit, si fort que ses doigts maigres m’avaient presque fait mal.

« Camille… ne laisse pas Victor trouver ça », avait-elle soufflé.

Victor, c’était mon père.

C’était aussi l’homme que ma grand-mère avait le plus craint, même quand elle faisait semblant de ne plus craindre personne.

Il a ajusté ses gants noirs et il a souri.

Je connaissais ce sourire.

C’était celui qu’il avait quand il disait que mes larmes étaient du « cinéma ».

C’était celui qu’il avait le jour où il avait pris l’argent de ma bourse, en me promettant qu’il le rendrait dès la fin du mois.

C’était le même sourire que Mamie Lulu faisait disparaître en se mettant devant moi, petite femme au châle brun, droite comme une porte fermée.

« Voilà ton héritage, Camille », a-t-il dit en montrant la fosse. « Un vieux carnet. Pas d’appartement, pas de terrain, pas d’argent. Ta grand-mère a toujours aimé jouer les mystérieuses. »

Patricia, ma belle-mère, a eu un rire fin derrière ses lunettes noires.

« Pauvre petite », a-t-elle murmuré. « Elle croit encore que la vieille lui a laissé un trésor. »

Lucas, mon demi-frère, s’est penché vers mon oreille.

« S’il y a cinquante euros là-dedans, le kebab est pour toi. »

Quelques cousins ont ri par réflexe, de ces rires qui sortent dans les familles quand personne ne veut être le premier à dire que c’est honteux.

Moi, je n’ai pas ri.

Ce livret, je l’avais vu toute mon enfance.

Mamie Lulu le gardait roulé dans une serviette brodée, dans une boîte à biscuits en métal, sous son lit.

Elle le sortait parfois après être passée à la banque, posait son petit sac à fermoir sur la table, puis lissait la couverture bleue avec deux doigts.

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