Le Dossier Violet D’une Enfant A Fait Trembler Tout Le Tribunal-nga9999

La première fois que je me suis levée dans un tribunal, mes pieds ne touchaient pas le sol quand je m’asseyais.

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J’avais sept ans.

Je m’appelais Lila Martin, et je portais une robe bleue à col blanc parce que Rosa disait qu’un tribunal était un endroit sérieux, et qu’un endroit sérieux méritait des vêtements propres.

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Dans le couloir, il y avait une odeur de café froid, de papier humide et de manteaux encore mouillés par la pluie du matin.

Je tenais mon cartable violet contre moi si fort que la fermeture me marquait les doigts.

À l’intérieur, il y avait un dossier que personne n’avait vu.

Pas mon père, pas son avocat, pas Rosa, pas même Nathan, mon parrain, qui savait presque toujours quand je cachais quelque chose.

Mon père, Michel Martin, était assis dans son fauteuil roulant, près de Maître Chen, à la table de la défense.

Avant la maladie, on disait qu’il remplissait une pièce rien qu’en y entrant.

Il avait créé Rain Solutions, une entreprise que les journaux spécialisés présentaient comme une réussite rare, et les gens qui ne le connaissaient pas l’appelaient un visionnaire.

Moi, je l’appelais papa.

La sclérose en plaques lui avait pris des choses que les adultes remarquaient tout de suite.

La vitesse de ses gestes.

La sûreté de sa marche.

La facilité avec laquelle il pouvait boutonner une chemise ou porter un verre d’eau sans en renverser.

Mais elle ne lui avait pas pris sa tête.

Je le savais parce qu’il se souvenait que j’étais allergique aux fraises, que je mélangeais encore les fractions, et que je faisais semblant de ne pas avoir peur du noir.

Le soir, même quand ses mains tremblaient trop pour tenir mon livre de sciences, il m’aidait à lire les mots compliqués.

Il disait souvent que le corps pouvait trahir quelqu’un sans que son esprit devienne moins digne.

Je ne comprenais pas tout.

Je comprenais assez.

À l’autre table, ma mère, Claire Laurent, avait l’air d’une femme venue pour être photographiée, pas pour parler d’une enfant qu’elle avait abandonnée.

Elle portait un tailleur crème, des chaussures simples mais impeccables, et un parfum doux qui me rappelait davantage les vieilles photos du salon que les vrais moments passés avec elle.

Elle était partie quand j’avais trois ans.

D’abord quelques voyages en Europe.

Puis des castings.

Puis des appartements dont je ne connaissais pas l’adresse.

Puis des hommes dont les prénoms changeaient plus vite que les cartes postales qu’elle promettait d’envoyer.

Elle avait manqué mes anniversaires, mes Noëls, mon opération de l’appendicite, mes spectacles d’école, mon récital de piano et un petit-déjeuner père-fille où papa avait mis une troisième assiette sur la table.

Il avait dit que peut-être, cette fois, elle passerait.

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