Le Dossier D’Hôpital Portait Un Autre Nom Juste Avant Le Notaire-nhu9999

— Avalez, madame Delmas. Votre mari a signé l’autorisation, a dit l’infirmière en poussant le gobelet vers moi.

"
"

L’odeur de désinfectant remplissait la chambre avec une propreté presque violente.

Le bracelet en plastique me serrait le poignet, le lino froid me glaçait les talons, et le néon au plafond vibrait comme un insecte enfermé dans une boîte blanche.

Image

Je n’ai pas pris le gobelet.

Sur mon bracelet d’hôpital, mon prénom n’était pas Camille.

Et mon mari venait de demander qu’on m’endorme avant l’arrivée du notaire.

Pendant trois ans, j’avais cru que Julien était simplement un homme inquiet.

Il me répétait que mes migraines étaient les restes de l’accident, que mes trous noirs venaient du choc, que mon cerveau fabriquait des peurs parce qu’il ne savait plus ranger les souvenirs.

Je ne gardais de cet accident que des images abîmées.

Un phare dans la pluie.

Une odeur de cuir humide.

Ma main contre une vitre.

Et parfois, dans mes rêves, une voix de femme qui criait mon prénom sans que je sache lequel.

Julien disait toujours que j’avais eu de la chance.

Il disait que sans lui, je me serais perdue dans les papiers, les rendez-vous médicaux, les boîtes de comprimés, les courriers qu’on laisse fermés parce qu’on a déjà peur avant de les ouvrir.

Julien était psychiatre à Rennes.

Il avait cette manière de parler doucement qui donnait aux autres l’impression d’être brutaux s’ils le contredisaient.

Dans les couloirs médicaux, il posait une main légère dans mon dos, souriait aux soignants, donnait les dates à ma place, corrigeait mes hésitations, puis recevait en retour des regards de confiance.

Moi, je devenais la femme fragile à côté de l’homme raisonnable.

Tous les soirs, il me collait un patch derrière l’oreille.

— C’est pour éviter les crises, Camille. Tu veux redevenir instable ?

Le mot instable me faisait taire plus vite qu’une gifle.

Je m’asseyais au bord du lit, les mains posées sur mes genoux, pendant qu’il pressait le patch contre ma peau avec deux doigts propres.

Au début, j’obéissais parce que j’avais peur de moi-même.

Puis il y a eu les détails.

Je me réveillais avec les cheveux lavés alors que je ne me souvenais pas d’être entrée dans la douche.

Mon téléphone perdait certains appels.

Des conversations disparaissaient.

Dans la poche d’un manteau gris que je ne portais jamais, j’ai trouvé un ticket de train pour Saint-Malo, daté d’un jeudi où Julien jurait que j’avais dormi toute la journée.

Je l’ai gardé entre deux pages d’un livre de cuisine, coincé à la recette d’un gâteau que je ne faisais jamais.

Read More

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *