Le Dessin De Sofia A Fait Comprendre Au Maître Que Tout Dérapait-nhu9999

La salle de classe sentait la gomme, le café froid et les manteaux humides accrochés près du radiateur.

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Dehors, la cour gardait une lumière grise de pluie, et les enfants rentraient en faisant couiner leurs baskets sur le carrelage.

Julien Moreau, professeur des écoles depuis douze ans, connaissait les petits mensonges ordinaires des élèves.

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Le ventre qui fait mal parce qu’on n’a pas appris la poésie.

La fatigue inventée pour éviter la piscine.

Le cahier oublié alors qu’il dort au fond du cartable.

Mais ce qu’il voyait chez Sofia ne ressemblait à rien de tout cela.

Sofia avait sept ans.

Elle s’asseyait au bord de sa chaise, les épaules remontées, les deux mains posées sur son ventre comme si elle gardait une porte fermée.

Depuis plusieurs semaines, ce ventre grossissait d’une manière anormale.

Ce n’était pas une petite rondeur d’enfant, ni un excès de biscuits, ni un mal de cantine qu’on règle avec un verre d’eau.

C’était dur, visible, presque déplacé sur son corps si mince.

Julien l’avait d’abord remarqué pendant une lecture.

Sofia avait levé le bras pour demander une gomme, son pull s’était tendu, et il avait aussitôt détourné les yeux par pudeur.

Puis il avait remarqué le reste.

Elle ne courait plus.

Elle ne dessinait plus de chevaux dans les marges.

Elle ne racontait plus qu’elle deviendrait vétérinaire.

Elle restait près du mur de la cour, son cartable rose serré contre elle, comme si elle attendait qu’on l’oublie.

Le jour où tout a basculé, Julien a demandé aux élèves de dessiner les personnes avec qui ils vivaient.

La consigne semblait simple.

Les feutres grattaient les feuilles, les trousses claquaient, et un garçon demandait s’il pouvait dessiner son chat.

Sur la feuille de Sofia, il y avait une femme, une petite fille avec deux tresses, et une grande silhouette noire.

La silhouette n’avait ni yeux, ni bouche.

Elle se tenait près d’elles, trop grande pour la page, comme une ombre dans une cuisine.

Julien s’est penché.

Avant qu’il parle, Sofia a murmuré à sa voisine :

— C’est de sa faute.

La phrase n’avait presque pas porté.

Mais Julien l’a entendue.

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