Le Comprimé De Nuit Cachait Le Nom Qu’on Lui Avait Volé-nga9999

Mon mari me donnait un comprimé chaque soir « pour que je révise mieux ».

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Une nuit, j’ai fait semblant de l’avaler, puis je suis restée immobile dans notre lit.

Il a cru que j’étais enfin endormie.

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À 2 h 47 du matin, il est entré avec des gants noirs, une caméra et un carnet sombre.

Il ne m’a pas embrassée.

Il ne m’a pas serrée contre lui.

Il a soulevé ma paupière et a murmuré :

— Sa mémoire n’est toujours pas revenue.

Dans la chambre, il y avait l’odeur un peu sucrée de la tisane qu’il m’apportait tous les soirs et le froid du parquet sous le drap qui avait glissé.

Dehors, dans la cage d’escalier, la minuterie venait de s’éteindre avec ce petit clic sec que j’entendais chaque nuit sans jamais savoir pourquoi je me réveillais déjà terrorisée.

Julien était neurologue dans une clinique privée.

Il avait cette manière de parler lentement qui donnait l’impression que la vérité lui appartenait avant même qu’on l’ait formulée.

Grand, soigné, chemise toujours repassée, alliance propre, sourire discret, il ressemblait au genre d’homme que les voisins saluent avec confiance quand ils le croisent près des boîtes aux lettres.

Pour tout le monde, il était un mari attentif.

Pour moi, il avait d’abord été un refuge.

C’est ce qui rend la suite si difficile à raconter.

Les pièges les plus solides ne commencent pas toujours avec des barreaux.

Parfois, ils commencent avec un verre d’eau posé sur une table de chevet.

Quand j’avais repris mon master à la fac, je dormais mal.

Je travaillais tard, je relisais mes notes dans la petite cuisine, près du radiateur, avec le bruit lointain des voitures sur l’avenue et le sac de la boulangerie encore plié sur la chaise.

Julien disait que je m’épuisais.

— Tu veux trop bien faire, Camille. Ton cerveau ne décroche jamais.

Puis il a ajouté, un soir :

— Cette capsule va t’aider à dormir et à te concentrer le lendemain.

Je lui ai demandé ce que c’était.

Il m’a répondu que c’était léger, surveillé, sans danger, et que dans mon état il valait mieux éviter les insomnies répétées.

Le mot « état » m’avait dérangée.

Je ne savais pas encore pourquoi.

Je l’ai cru parce qu’il était médecin.

Je l’ai cru parce qu’il était mon mari.

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