Le Coffret Fermé Depuis 37 Ans Qui A Brisé La Vie D’un Veuf En Deuil-nga9999

Trois jours après l’enterrement d’Hélène, je croyais avoir déjà reçu tout ce qu’un homme peut supporter en une semaine.

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Je me trompais.

La maison sentait encore la cire froide, le café réchauffé et cette odeur de pluie qui reste dans les manteaux quand les gens viennent présenter leurs condoléances sans savoir quoi dire.

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Dans l’entrée, son foulard pendait au portemanteau.

Dans la cuisine, son gilet bleu était toujours posé sur la chaise près de la fenêtre.

Sur la table, le panier à pain était vide, mais je n’avais pas eu le courage de le ranger, parce qu’Hélène le remplissait chaque matin sans même y penser.

Le silence n’était pas une absence.

C’était une présence nouvelle, lourde, mal élevée, qui entrait dans chaque pièce avant moi.

Notre fils Thomas n’avait presque pas parlé après la cérémonie.

Il était arrivé en retard à l’église, le visage fermé, son manteau encore humide sur les épaules.

Il s’était assis au fond, près de la porte, comme s’il voulait se garder la possibilité de partir avant la fin.

Quand les voisins ont commencé à quitter le parvis et que les cousins ont cessé de murmurer autour des couronnes, il s’est approché de moi près des fleurs.

« Il faudra parler du testament », a-t-il dit.

Je me souviens du bruit d’un parapluie qu’on refermait derrière lui.

Je me souviens aussi de la façon dont cette phrase s’est posée entre nous, sèche, presque administrative.

Pas : Tu tiens le coup, papa ?

Pas : Elle me manque déjà.

Pas même : Je suis désolé.

Seulement les papiers, la maison, ce qui allait revenir à qui.

J’ai serré le livret de cérémonie si fort que son bord s’est plié.

Pendant une seconde, j’ai eu envie de lui dire qu’il venait d’enterrer sa mère et qu’il parlait déjà comme un homme debout devant un bureau de notaire.

Je ne l’ai pas fait.

J’ai simplement répondu : « Pas aujourd’hui. »

Thomas a levé les yeux au ciel, très légèrement, assez pour me blesser, pas assez pour que les autres le remarquent.

Puis il est parti sous le porche de l’église sans se retourner vers la femme qui avait cousu ses déguisements d’école, attendu ses retours tardifs et défendu ses silences même quand ils devenaient cruels.

Ce soir-là, j’ai mangé debout dans la cuisine, sans faim, un morceau de pain et du fromage que je n’ai presque pas senti.

Le lendemain matin, j’ai commencé à vider les tiroirs de la commode.

Je n’appelais pas ça vider.

Je me disais que je rangeais un peu.

C’était plus supportable.

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