Le chirurgien l’a déclaré perdu, mais son tatouage disait autre chose-nga9999

À 2 h 17 du matin, les portes des urgences ont claqué si fort contre le mur que même le vieux distributeur de café a semblé vibrer.

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Il pleuvait dehors, une pluie froide qui s’accrochait aux manches des manteaux, aux semelles, aux sacs plastiques, et qui entrait avec les ambulanciers comme une deuxième urgence.

Je m’appelais Camille Martin, infirmière de nuit, celle qu’on appelait quand une veine se cachait, quand une famille paniquait, quand un interne tremblait trop pour poser une perfusion propre.

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Cette nuit-là, on m’a amené un homme sans portefeuille, sans téléphone, sans nom.

Il ressemblait à quelqu’un que la mer aurait gardé trop longtemps avant de le recracher.

Sa chemise collait à sa peau, son visage avait la couleur grise des fins de nuit en réanimation, et autour d’une piqûre minuscule près de l’épaule, des veines violacées formaient déjà une toile inquiétante.

Le dossier d’admission était presque vide.

Heure d’entrée : 2 h 17.

Identité : inconnue.

Effets personnels : aucun.

État : critique.

J’ai entendu un ambulancier dire qu’ils l’avaient trouvé près d’un accès fermé, trempé, délirant, puis presque muet.

Un autre parlait d’un arrêt respiratoire évité de justesse dans le véhicule.

Je n’ai gardé que les gestes utiles.

Ciseaux pour ouvrir la chemise.

Électrodes.

Voie veineuse.

Scope.

Oxygène.

Le corps ne ment jamais autant que les gens autour de lui.

Le docteur Thomas Belmont est arrivé au moment où l’ECG commençait à tracer une ligne irrégulière mais vivante.

Il était chef de chirurgie, habitué à entrer dans les pièces comme si les murs lui appartenaient.

Il a claqué ses gants, regardé le patient, puis le moniteur.

Pas l’homme.

Le moniteur.

« Overdose », a-t-il dit.

Je n’ai pas répondu tout de suite, parce qu’à l’hôpital, on apprend vite que certains hommes n’écoutent pas mieux quand on parle plus fort.

J’étais penchée sur la poitrine du patient quand j’ai vu les cicatrices sous la boue.

Elles n’avaient rien d’accidentel.

Pas des bagarres de rue.

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