Le chien a gardé ses bottes six jours avant de le retrouver à l’hôpital-nhu9999

Le pitbull avait gardé les bottes défoncées d’un homme à la rue pendant six jours de pluie, mais quand j’ai dit : « Je l’ai retrouvé », le chien en a pris une dans sa gueule et m’a suivie.

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Il s’appelait Amos.

Jusque-là, il n’avait pas quitté le trottoir sous le pont.

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Pas pour manger, pas pour une couverture sèche, pas même quand l’employée d’un petit café avait entrouvert la porte arrière en lui promettant un coin chaud près de la cuisine.

Il restait avec les bottes.

Le matin où je l’ai vraiment compris, la pluie avait cette odeur de laine mouillée, de carton détrempé et de café froid répandu sur le bitume.

Les voitures passaient au-dessus de nous dans un grondement régulier, et sous le pont, la lumière grise faisait briller les flaques comme des plaques de métal.

Au milieu de tout ça, il y avait deux vieilles bottes de travail.

Marron, du moins autrefois.

La pluie les avait presque noircies.

Le cuir était fendu au bout, les semelles usées jusqu’à perdre leur forme, et un fil électrique orange remplaçait le lacet manquant de la botte gauche.

Cette botte penchait sur le côté parce que le talon s’était écrasé.

Pour les gens qui passaient vite, c’était un déchet de plus sous un pont.

Pour Amos, c’était la dernière adresse de son maître.

J’avais trente-six ans et je travaillais dans une équipe mobile d’aide sociale.

Notre rôle n’était pas spectaculaire.

On passait tôt, parfois trop tôt, avec des chaussettes propres, des couvertures, des cafés brûlants dans des gobelets, des numéros écrits sur des bouts de papier, des rendez-vous que beaucoup rataient parce que la rue avale les heures.

La première fois que j’avais rencontré Michel Laurent, il avait refusé le café mais accepté les chaussettes.

Il avait cinquante-huit ans, un visage creusé, des mains de menuisier, et cette manière de remercier sans trop regarder les gens, comme si la gratitude lui coûtait autant que la demande.

Il vivait sous ce pont depuis plus d’un an.

Il appelait Amos son colocataire.

« Les animaux appartiennent aux gens », m’avait-il dit un mardi, en versant des croquettes dans un vieux moule à gâteau cabossé.

Puis il avait ajouté : « Nous, c’est pas pareil. Lui et moi, on s’appartient. »

C’était devenu ma phrase pour eux.

Chaque mardi, je descendais sous le pont avec un petit sac de croquettes pour Amos et des chaussettes propres pour Michel.

Michel donnait toujours à manger au chien avant d’ouvrir son propre sandwich.

Même quand il avait faim.

Même quand le sandwich était tiède, rare, presque un luxe.

Amos mangeait d’abord.

C’était leur règle.

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