Le Caveau Était Vide, Et La Lettre De Son Père A Tout Défait-nhu9999

Après trois ans de prison, je suis rentré chez moi avec un gobelet de café froid, un sac transparent et une idée simple : revoir mon père.

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Le car m’avait laissé à deux rues de notre ancien quartier, au moment où l’arrosage automatique commençait à claquer sur les petites pelouses.

L’air sentait la terre mouillée, le goudron du matin et le café brûlé que je n’avais pas réussi à finir.

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Je n’avais pas encore l’habitude du silence.

En prison, même la nuit faisait du bruit.

Des portes, des clés, des pas, des voix trop proches, des hommes qui toussaient derrière les murs.

Dehors, tout paraissait plus large, mais rien ne paraissait plus doux.

Chaque voiture me faisait tourner la tête.

Chaque portail qui grinçait me serrait les épaules.

La liberté, ce matin-là, ne ressemblait pas à une récompense.

Elle ressemblait à un trottoir où personne ne vous attend.

Je m’appelais Julien Martin, et pendant trois ans, j’avais compté les lettres de mon père comme d’autres comptent les saisons.

Thomas Martin n’écrivait pas de longues phrases.

Il mettait toujours la date en haut à droite, soulignait les choses importantes, et terminait par la même formule : Tiens bon, je suis là.

La dernière année, ses lettres étaient devenues plus courtes.

Puis plus rares.

Je m’étais raconté qu’il vieillissait.

Je m’étais raconté que Catherine, ma belle-mère, filtrait le téléphone, ce qui lui ressemblait.

Je m’étais raconté que la honte de mon incarcération l’épuisait, mais qu’il attendait quand même.

Il y a des mensonges qu’on se fait à soi-même pour survivre à la journée.

Celui-là m’avait tenu debout.

La maison était au bout de la rue, derrière le petit portail que mon père avait réparé au fil de fer pendant dix ans au lieu d’en acheter un neuf.

Je l’ai reconnue, mais elle ne m’a pas reconnu.

Les volets avaient été repeints en bleu gris.

Les bordures étaient nettes.

Les rosiers de mon père, ceux qui piquaient les manches et poussaient de travers, avaient disparu.

Une voiture récente était garée devant le garage, brillante, silencieuse, sûre d’elle.

Je me suis arrêté devant la boîte aux lettres.

Le nom Martin y était encore.

C’est idiot, mais j’ai presque été soulagé.

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