L’appel du major qui a fait rentrer un soldat d’Afghanistan-nga9999

Le téléphone satellite a sonné juste après le coucher du soleil, quand l’air de Kandahar sentait la poussière, le gasoil et le métal chaud.

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Hugo Laurent se tenait devant la tente des opérations, les bottes enfoncées dans le sable, à regarder les montagnes devenir violettes sous un ciel qui avait l’insolence d’être beau.

À l’intérieur, les radios grésillaient, le groupe électrogène toussait, et des hommes habitués à vivre près du danger continuaient de travailler avec cette précision calme qui ne laisse aucune place à la panique.

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Puis la voix du major Alain Moreau est sortie du combiné.

« Hugo. »

Rien qu’avec son prénom, Hugo a compris que quelque chose venait de se rompre.

Alain Moreau commandait la brigade de leur petite ville depuis que Hugo était enfant.

Il avait déjà ramené son père après des nuits trop longues, dépanné sa sœur Camille quand sa voiture avait rendu l’âme devant la boulangerie, et surpris Hugo, à douze ans, avec un paquet de bonbons volé dans la poche.

Il n’avait pas hurlé.

Il avait payé le paquet, l’avait conduit dehors, puis lui avait dit : « Tu vaux mieux que la faim et la bêtise, Hugo. »

Ce soir-là, sa voix n’avait plus rien de solide.

« Alain ? »

Il y a eu de la friture, un souffle, puis un silence si épais que le camp entier a semblé reculer.

« C’est Camille », a dit le major.

La main de Hugo s’est serrée autour du téléphone.

Il n’a pas parlé.

« Et Thomas. Et les enfants. »

Le générateur derrière lui a paru devenir plus bruyant.

Une odeur de café brûlé venait de la tente, et quelqu’un, près des véhicules, a laissé échapper un rire sans savoir qu’à quelques mètres, une famille entière venait de disparaître d’une phrase.

Moreau a recommencé.

« Il y avait une vidéo. »

Les montagnes se sont brouillées dans les yeux de Hugo.

« Ils l’ont fait en direct. Le réseau Santa Fría. Dans l’ancien entrepôt près de la départementale 9. »

Hugo a regardé sa propre main.

Elle était stable.

C’est cette stabilité qui l’a effrayé.

Camille avait été plus qu’une sœur.

Elle avait été la porte fermée entre lui et les colères de leur père, la main sur son épaule quand il fallait mentir aux huissiers, la voix basse qui disait de ne pas écouter les insultes venant du salon.

Elle avait sept ans de plus que lui, les yeux toujours un peu fatigués, les cheveux souvent attachés avec un élastique qu’elle gardait au poignet, et un rire râpeux parce que la vie ne lui avait jamais offert le luxe d’être douce longtemps.

Quand leur mère était morte, Camille avait appris à compter les pièces, à faire durer un sac de courses toute une semaine, à cacher trois billets dans une boîte de biscuits Petit Lu, au-dessus du placard.

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