L’ancien millionnaire dormait dehors, jusqu’au geste d’une inconnue-nga9999

« Ne me touchez pas ! » a crié Renaud, étendu sur le trottoir trempé, les doigts refermés sur un vieux sac plastique comme si quelqu’un allait encore lui prendre ce qu’il n’avait presque plus.

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La pluie avait laissé sur son manteau une odeur de laine froide et de poussière mouillée.

Un bus a freiné au loin, une porte d’immeuble a claqué, et les passants ont continué à marcher en dessinant autour de lui un cercle invisible.

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Certains détournaient les yeux par peur.

D’autres par embarras.

Quelques-uns, plus durs, le regardaient comme on regarde un problème qui ne vous concerne pas.

Personne n’aurait reconnu, sous cette barbe mal taillée, ce pantalon froissé et ce visage creusé, l’ancien patron d’une entreprise de construction qui avait employé des centaines de personnes.

Il y avait eu une époque où on l’appelait « monsieur Moreau » avant même de lui serrer la main.

Une époque où ses rendez-vous commençaient par du café servi dans de vraies tasses, où ses dossiers étaient posés sur des tables cirées, où son manteau était récupéré à l’entrée par quelqu’un d’autre.

Il avait vécu dans un appartement avec du parquet ancien, des fenêtres hautes, un balcon en fer forgé, et cette impression dangereuse que le monde obéissait à ceux qui signaient les chèques.

Maintenant, tout ce qu’il possédait tenait dans un sac de supermarché usé.

Quand il a essayé de se relever, son genou a glissé.

Son épaule a heurté le mur.

Il a juré entre ses dents, puis il est retombé.

Une voix rauque a surgi derrière lui.

« Si vous continuez à vous battre avec le trottoir, c’est lui qui va gagner. »

Renaud a levé les yeux, furieux, humilié d’avoir été vu dans cet état.

Devant lui se tenait Nadège, une femme sans abri que beaucoup connaissaient dans le quartier sans vraiment la connaître.

Elle portait un manteau élimé, un bonnet trop grand, deux sacs au bras et une couverture roulée sur le dos.

Ses mains étaient rouges de froid, ses chaussures fatiguées, mais son regard restait solide.

« Je n’ai pas besoin de votre pitié », a craché Renaud.

Nadège a eu un rire bref.

« Et moi, je n’ai pas besoin de votre arrogance. Mais vous avez de la fièvre. »

Il a voulu répondre, comme il avait répondu toute sa vie, avec une phrase sèche qui remet les gens à leur place.

Le vertige est arrivé avant les mots.

Son corps s’est vidé.

Avant que sa tête ne frappe le sol, Nadège l’a retenu maladroitement, avec plus de volonté que de force.

« Monsieur Georges ! Venez m’aider, s’il vous plaît ! »

Le marchand du kiosque voisin a levé la tête, puis il a couru vers eux.

À deux, ils ont tiré Renaud jusqu’à un renfoncement à l’abri du vent.

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