La cabane de laine qu’ils ont moquée a sauvé Inès du gel-nga9999

La première chose qu’Inès Martin remarqua dans la cabane, ce ne fut pas la taille de la pièce, ni le lit étroit, ni le poêle noirci posé de travers sur une dalle de pierre.

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Ce fut le vent.

Il passait à travers les murs avec un sifflement fin, obstiné, presque insultant, comme si la cabane n’avait jamais été construite pour arrêter quoi que ce soit.

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L’air sentait la poussière froide, le vieux bois humide, et cette odeur de laine et de bête qui montait des clôtures derrière elle.

Inès resta sur le seuil, son baluchon dans une main, la lettre d’embauche pliée dans l’autre, et comprit qu’on l’avait prévenue de tout sauf de l’essentiel.

On lui avait parlé du troupeau.

On lui avait parlé de l’isolement.

On lui avait parlé de l’hiver, d’une voix trop légère pour être honnête.

Mais personne ne lui avait dit que le toit fuyait déjà, que les murs bâillaient, et que la nuit semblait attendre son tour au bord de chaque fissure.

Elle avait vingt-trois ans.

Elle n’avait pas de mari, pas de famille proche, pas d’économies dignes de ce nom, et pas de porte derrière laquelle revenir si ce travail échouait.

Ceux qui n’ont aucun refuge apprennent vite à mesurer une pièce comme on mesure une chance.

Catherine Laurent, la femme de l’éleveur, lui avait promis 18 francs par mois, des provisions simples, et un toit pour toute la saison.

Inès avait signé parce qu’il fallait bien manger, parce qu’elle savait garder des bêtes, et parce qu’une femme seule ne pouvait pas se permettre d’attendre une meilleure proposition pendant que l’automne avançait.

La ferme principale était à douze kilomètres, derrière une ligne de collines basses et un chemin qui devenait de la boue à la première pluie.

La cabane, elle, se trouvait près d’une rivière sombre, dans une étendue de terrain où le vent ne rencontrait presque rien avant de frapper les planches.

Elle mesurait à peine douze pieds sur quatorze.

Le sol était en terre battue.

Le toit en papier goudronné fuyait à trois endroits.

De vieux journaux avaient été tassés dans les fentes, mais ils pendaient déjà en lambeaux gris, ramollis par l’humidité et les années.

Derrière la cabane, 240 moutons attendaient son ordre, sa vigilance, son dos, ses nuits.

Inès devait les garder pendant l’été, puis l’automne, puis l’hiver.

Une charrette viendrait une fois par mois avec la farine, les haricots, le café, le sucre, le sel, parfois un peu de lard si la ferme en avait trop.

Quand la neige bloquerait le chemin, il n’y aurait plus de charrette.

Il n’y aurait plus que le poêle, la laine sur le dos des bêtes, et la décision d’Inès de ne pas mourir trop tôt.

Le vieux poêle en fonte avait appartenu au berger précédent.

Quand Catherine lui en parla, elle baissa la voix, comme si le nom de cet homme traînait encore quelque part dans le froid.

Il n’avait pas passé l’hiver.

Inès ne demanda pas comment on l’avait trouvé.

Il y a des réponses qui prennent plus de chaleur qu’elles n’en donnent.

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