Il Vidait La Pension De Leur Père, Puis Elle L’a Attendu À La Banque-nga9999

Mon frère emmenait notre père atteint de démence à la banque chaque jour de pension pour vider son compte.

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Le jour où j’ai décidé de l’attendre là-bas, je n’étais pas seule.

Le directeur d’agence était derrière la vitre de son bureau, deux policiers se tenaient près de l’entrée, et moi, j’avais dans mon sac le dossier que je construisais depuis trois mois.

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L’odeur du café froid flottait encore dans la pièce, avec cette odeur sèche de papier administratif qu’on finit par reconnaître quand on a passé trop de matinées à chercher une signature, une copie, un tampon.

Dehors, la banque vivait comme tous les jours de pension.

Des personnes âgées attendaient en silence, des cannes tapaient doucement le carrelage, une femme comptait des pièces dans une petite pochette, et l’agent de sécurité regardait la porte en bâillant.

Je m’appelle Claire.

J’ai 46 ans.

Mon père s’appelle Julien, il a 79 ans, et toute sa vie, il a travaillé sur les rails.

Il partait avant que la ville se réveille, son repas emballé dans une serviette, son manteau accroché près de la porte, les mains déjà abîmées avant même de commencer sa journée.

Quand j’étais petite, je croyais que mon père commandait les trains.

Il rentrait avec l’odeur du métal et de la graisse sur lui, il posait ses chaussures dans l’entrée, puis il nous demandait si on avait bien travaillé à l’école.

Il n’avait pas beaucoup de mots tendres.

Il avait des gestes.

Il réparait une chaise sans rien dire.

Il nous laissait la plus belle part de tarte.

Il achetait des chaussures neuves à ses enfants et gardait les siennes jusqu’à ce que le cuir se fende.

Aujourd’hui, ce même homme ne sait plus toujours où il dort.

Parfois, il m’appelle maman.

Parfois, il me demande si le train est arrivé.

Parfois, il fixe un coin du salon comme s’il attendait quelqu’un qu’il n’arrive plus à nommer.

La démence ne vole pas tout en une fois.

Elle prend d’abord les détails, puis les habitudes, puis la honte, puis la possibilité de se défendre.

Sa pension était ce qui lui restait de dignité.

Avec elle, je payais les protections, les médicaments pour la tension, les gouttes pour les yeux, les visites médicales, les repas faciles à avaler, la bouteille d’oxygène, et les passages de Lise, l’infirmière qui venait pendant que je travaillais.

Je commence à cinq heures dans une boulangerie.

À cette heure-là, le monde sent le beurre, la farine et le sol humide qu’on vient de laver.

Je connais la fatigue qui monte dans les poignets avant même que les clients arrivent.

Je connais aussi la peur de regarder son compte et de se demander quelle dépense va devoir attendre.

Mon frère Hugo ne connaissait pas cette peur-là.

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