Il venait nourrir la chienne, puis la chambre de l’enfant s’est ouverte-nga9999

Le mardi après-midi avait cette lumière grise qui rend les appartements plus silencieux, et sur mon bureau, le café refroidissait à côté d’une pile de cahiers de mathématiques.

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Je corrigeais des exercices de CE1, entourée de gommes usées et de feuilles cornées, quand mon téléphone a vibré contre le bois.

Sur l’écran, le prénom de Marion s’est affiché.

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Marion était ma belle-sœur, la sœur de mon mari Thomas, et elle n’appelait jamais sans une raison pratique.

Avec elle, un appel voulait dire une avance d’argent, une course à faire, un problème administratif, ou un service à rendre vite, sans trop poser de questions.

J’ai décroché en gardant mon stylo dans la main.

— Claire, j’ai besoin que tu passes à la maison pour donner à manger à Cannelle… et n’entre pas dans la chambre d’Émilien, d’accord ? Il est puni.

Le stylo s’est arrêté au-dessus de la copie.

Il y a des phrases qui n’ont l’air de rien, mais qui déplacent l’air autour de vous.

— Puni ? ai-je demandé.

— Oui, puni. Ne commence pas. Je suis partie avec Julien au bord de la mer, et on a décidé de rester jusqu’à dimanche. J’ai oublié les croquettes de Cannelle.

Sa voix avait une légèreté presque insolente, comme si le seul vrai problème de la journée était la gamelle vide d’un chien.

Cannelle était sa labrador, une chienne douce, trop patiente, qu’Émilien adorait depuis qu’elle était entrée dans la maison.

Émilien avait huit ans, de grands yeux attentifs, une voix qui s’excusait souvent avant même d’avoir demandé quelque chose, et un rire si discret qu’il fallait parfois se pencher pour l’entendre.

— Et Émilien, il est où ? ai-je demandé.

— Chez un copain. Ne dramatise pas, Claire.

— Quel copain ?

Il y a eu un petit silence, pas long, mais assez pour que je redresse la tête.

— Lucas. Enfin, un copain de l’école. Tu passes juste pour la chienne, d’accord ? La clé est sous le pot en terre cuite, près du petit portail.

— Donne-moi l’adresse des parents.

Elle a soufflé.

— Tu es fatigante.

Puis elle a raccroché.

Thomas travaillait encore à l’atelier, et il ne finirait pas avant tard.

J’aurais pu l’appeler, j’aurais pu attendre, mais quelque chose dans la voix de Marion m’avait laissé une froideur dans la nuque.

Alors j’ai pris mon manteau, mes clés, et je suis sortie.

La maison de Marion se trouvait dans une résidence calme, un endroit propre en apparence, avec des boîtes aux lettres alignées, des haies taillées et des voisins qui baissaient un peu les stores quand une voiture inconnue se garait.

En arrivant, j’ai tout de suite vu que quelque chose clochait.

L’herbe dépassait le bord de l’allée, des prospectus mouillés collaient au paillasson, un sac-poubelle éventré s’était ouvert près de l’entrée, et une odeur aigre s’échappait déjà avant même que je pousse la porte.

J’ai trouvé la clé sous le pot en terre cuite, exactement comme Marion l’avait dit.

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