Il Rentre Deux Jours Trop Tôt Et Trouve Sa Femme Au Sol Dans Le Salon-nga9999

Je suis rentré de mon déplacement deux jours plus tôt que prévu, sans prévenir personne, parce que le colloque sur les transports avait été écourté après une panne de planning et trois tables rondes annulées.

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À 17 h 18, j’ai tourné dans l’allée de notre maison avec la sensation légère de quelqu’un qui croit encore qu’il va faire plaisir.

Sur le siège passager, une bouteille de vin rouge roulait doucement contre la boîte blanche de la boulangerie-pâtisserie.

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À l’intérieur, il y avait des sablés aux amandes pour Anne, ceux qui la faisaient toujours rire parce que le sucre glace finissait sur ses doigts, sur son pull, parfois même sur le bout de son nez.

L’applique devant la porte était déjà allumée, alors que le jour n’était pas complètement tombé.

La maison sentait le café refroidi, le produit pour le sol, et cette odeur de brûlé léger qui reste dans une cuisine quand quelqu’un a trop parlé au lieu de surveiller la poêle.

Je me souviens avoir pensé que la soirée allait être simple.

Je poserais la boîte sur la table, Anne ferait semblant de me reprocher de ne pas l’avoir appelée, puis elle en prendrait un avant même d’enlever le papier.

C’est ça, parfois, le bonheur après vingt-huit ans de mariage : connaître exactement la petite faiblesse de l’autre et rentrer avec.

J’ai ouvert la porte.

Tout a changé avant même que je voie son visage.

L’air de la maison n’était pas celui d’une maison qui attend.

Il était trop épais, trop tendu, comme si les murs avaient entendu quelque chose et n’osaient plus le répéter.

Anne était par terre dans le salon.

Elle n’était pas tombée au milieu de la pièce comme dans une scène nette.

Elle était appuyée contre le canapé, les jambes de côté, une main sur le front, le dos courbé comme si elle avait glissé lentement et qu’ensuite son corps avait renoncé.

Ses cheveux étaient défaits autour de son visage.

Ses yeux, d’habitude si calmes, étaient rouges et gonflés.

Sur sa tempe, une marque commençait à apparaître, pas spectaculaire, mais assez claire pour que je sente mon estomac se fermer.

Quand elle m’a vu, elle n’a pas souri.

Elle a seulement murmuré mon prénom, d’une voix si basse que j’ai compris qu’elle ne voulait pas que les autres l’entendent.

Puis j’ai entendu rire dans la cuisine.

Pas un rire honteux.

Pas un rire de gens qui viennent de perdre le contrôle.

Un rire rond, facile, presque détendu.

La voix de Julien est arrivée la première, avec cette façon qu’il avait de parler trop fort quand il voulait convaincre une pièce qu’il maîtrisait tout.

Puis j’ai reconnu Camille, sa femme.

Et derrière eux, Michel et Catherine, les parents de Camille.

Ils étaient là, tous les quatre, à quelques mètres d’Anne, et ils riaient.

Je n’ai pas compris tout de suite.

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