Il Achetait Une Jument Mourante. Le Secret Sous Sa Crinière L’a Foudroyé-nhu9999

Jean Moreau était parti au marché avec trois achats en tête et pas un de plus.

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Des pommes de terre à semer, quelques sacs d’aliment, et une charnière pour la vieille porte de grange qui claquait au vent depuis la fin de l’hiver.

Il avait compté l’argent deux fois dans sa cuisine, près de la table usée où Anne posait autrefois son bol de café.

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Puis il l’avait compté une troisième fois dans la camionnette, les mains posées sur le volant froid, parce qu’un homme qui a manqué trop souvent finit par se méfier même de ses propres poches.

Ce n’était pas beaucoup.

Presque rien, en vérité.

Le printemps avait traîné cette année-là, avec une humidité qui restait accrochée aux pierres, aux bottes, aux manches des manteaux.

Les champs autour de la ferme attendaient, sombres et lourds, mais un champ n’a jamais eu pitié de celui qui hésite.

Quand c’est l’heure de planter, on plante, ou bien l’année vous passe devant sans se retourner.

Jean avait soixante-trois ans, un dos encore solide mais plus docile qu’autrefois, de grandes mains fendillées, et cette manière de marcher sans faire de bruit qu’ont les gens habitués à ne déranger personne.

Depuis la mort d’Anne, il parlait peu.

Ceux qui le connaissaient au bourg lui adressaient un signe de tête, rarement plus, parce qu’ils savaient que son silence n’était pas de l’orgueil.

C’était une pièce vide qu’il portait partout avec lui.

Au marché, la matinée avait déjà pris de la voix.

Les poules remuaient dans leurs cageots, les porcelets criaient comme si le monde entier leur voulait du mal, et les hommes faisaient semblant de ne parler que de prix, de pluie et de moteurs.

En réalité, tout le monde pensait à la même chose.

Aux dettes qui attendent.

Aux bêtes qui tombent malades au mauvais moment.

Aux récoltes qui décident parfois, sans vous demander votre avis, si vous passerez l’hiver debout ou à genoux.

Jean passa devant les pommes de terre à semer et demanda le prix.

Il ne discuta pas.

Il resta seulement une seconde de trop devant les cageots, comme si son regard pouvait faire baisser le montant inscrit sur le carton.

Puis il recula.

Devant les sacs d’aliment, il fit le même calcul.

Un sac, peut-être deux, et plus rien pour la charnière.

La charnière, de toute façon, pouvait attendre.

Les bêtes, elles, attendaient moins.

Il avait déjà la main dans sa poche quand il entendit la toux.

C’était un son grave, mouillé, pas humain.

Il y eut ensuite le frottement très faible d’un sabot contre du bois.

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