Il A Fait Rouvrir La Tombe Et Le Cimetière A Cessé De Respirer-nga9999

Moins d’une heure après avoir enterré Camille, mon fils de sept ans m’a dit qu’elle l’avait appelé depuis le cercueil.

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Le ciel était bas, d’un gris épais, presque sale, et l’odeur de la terre mouillée collait aux chaussures comme une seconde peau.

Les fleurs posées près de la fosse sentaient la cire froide et les feuilles écrasées.

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Autour de nous, les derniers invités quittaient le cimetière communal sans vraiment se parler, les épaules rentrées dans leurs manteaux sombres.

On entendait seulement le vent dans les arbres nus, le gravier sous les semelles, et parfois un sanglot trop vite étouffé.

Je tenais encore le programme froissé de la cérémonie dans la main.

Au recto, il y avait le prénom de ma femme.

Camille.

Je ne réussissais pas à le regarder longtemps.

Hugo, lui, n’avait presque pas pleuré pendant la cérémonie.

Il était resté près de moi, très droit, les deux mains enfoncées dans les poches de son petit manteau, les yeux fixés sur le cercueil comme s’il attendait que quelqu’un arrête tout.

Il avait sept ans.

À cet âge-là, un enfant devrait demander quand on rentre, s’il peut avoir un chocolat chaud, pourquoi les adultes parlent si bas.

Lui n’avait demandé qu’une chose, avant qu’on descende le cercueil.

« Elle a froid, maman ? »

Je n’avais pas su quoi répondre.

J’avais simplement posé ma main sur sa nuque, là où ses cheveux dépassaient de son bonnet, et je lui avais dit que j’étais là.

C’était peu.

C’était tout ce qu’il me restait.

Quand les gens ont commencé à partir, une tante a voulu m’embrasser, puis elle s’est arrêtée en voyant mon visage.

Un voisin m’a serré l’épaule sans parler.

Le responsable des pompes funèbres a vérifié les rubans, les couronnes, les derniers détails avec cette douceur professionnelle des gens qui savent qu’une phrase mal placée peut briser quelqu’un.

Je pensais à l’hôpital.

Je pensais au couloir trop blanc, au néon qui clignotait au-dessus de l’accueil, au bruit d’une imprimante derrière une porte.

Je pensais au médecin qui m’avait parlé d’insuffisance cardiaque en évitant de poser sa voix trop fort sur les mots.

Camille avait eu un malaise dans la cuisine, deux soirs plus tôt.

Elle avait laissé tomber une tasse près de l’évier, et le café avait coulé sur le carrelage en une tache brune qui s’était élargie très lentement.

Je l’avais trouvée contre le meuble bas, les yeux mi-clos, une main sur la poitrine.

Les secours étaient venus.

À l’hôpital, on m’avait demandé son âge, ses traitements, ses antécédents, son numéro de sécurité sociale, l’heure approximative du malaise.

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