Elle arrive humiliée, puis le veuf change tout devant la ville-nga9999

La diligence est entrée dans la petite ville à 2 h 17 de l’après-midi, les roues grinçant dans les ornières sèches et les courroies claquant sous un vent qui soulevait la poussière jusqu’aux fenêtres.

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Émilie Caron avait de la poussière sur sa robe bleue, sur ses gants et dans les plis de son sac, et l’air sentait le cheval, les planches chauffées au soleil et le tabac froid des hommes postés devant le relais.

Elle avait fait onze jours de route pour une promesse de mariage.

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Onze jours avec une lettre datée du 3 mai contre la poitrine, écrite d’une main appliquée, pleine de mots simples qui lui avaient paru immenses.

Un toit.

Un nom.

Du respect.

Elle n’était pas venue chercher un conte.

Elle était venue parce que sa tante lui avait embrassé le front avant l’aube en lui disant qu’il n’y avait plus vraiment de place pour elle à la maison.

Le premier homme s’appelait M. Laurent.

C’était lui qui avait payé le billet de diligence, lui qui avait écrit qu’il cherchait « une femme convenable, solide, prête à fonder un foyer ».

Au comptoir de l’hôtel, l’employé n’a même pas levé les yeux de son journal.

« Laurent est parti il y a une heure », a-t-il dit.

Émilie a serré la lettre dans sa main.

« Parti ? »

« Il a dit qu’il avait changé d’avis. »

« Il a changé d’avis après avoir payé mon billet ? »

L’employé a haussé les épaules comme si la honte des femmes passait par cette ville aussi souvent que les diligences.

« Les hommes sont comme ça quand ils prennent peur. Vous voulez une chambre ou non ? »

Émilie a ouvert son porte-monnaie.

Trois dollars et quarante cents.

Le reçu de la diligence.

Deux autres lettres.

Le dernier mouchoir propre que sa tante avait glissé dans son sac.

Elle a refermé le porte-monnaie sans demander le prix de la chambre, parce que le désespoir a un bruit, et elle refusait de laisser cette ville entendre le sien.

Le deuxième homme, M. Bernard, l’a reçue au fond de sa boutique, près des sacs de farine et d’un registre ouvert sous son pouce.

Il avait déjà l’air coupable.

« Ma mère est venue vivre chez moi », a-t-il dit. « Elle ne veut pas d’une autre femme dans la maison. »

Le troisième, Damien Lefèvre, n’a même pas ouvert sa porte.

Il a envoyé un garçon de ferme dire que la jeune dame n’était « pas comme il l’imaginait ».

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