Elle a refait ma maison sans demander, puis la facture est arrivée-nga9999

J’ai su que quelque chose n’allait pas avant même de mettre la clé dans la serrure.

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Le petit perron de la maison était trop propre.

Pas propre comme après un vrai ménage.

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Propre comme une vitrine.

L’air sentait la peinture fraîche, le tissu neuf et ce parfum neutre que certains décorateurs vaporisent pour donner l’impression qu’un lieu n’a jamais appartenu à personne.

Sous les volets, le bois avait encore cette humidité salée que la mer laisse partout, mais quelque chose, dans l’entrée, avait été effacé.

Le fauteuil en osier où je posais toujours mon sac après mes missions avait été poussé dans l’angle.

Le pot bleu peint par ma grand-mère, celui qui restait sur la marche du bas même en hiver, n’était plus là.

Et le carillon qui tintait près de la porte ne faisait plus ce bruit un peu faux que j’aimais depuis l’enfance.

Il sonnait trop clair.

Trop choisi.

J’ai posé ma main sur la poignée sans bouger pendant quelques secondes, avec ma valise encore dans le coffre de la voiture et six semaines d’avion, de sel et de fatigue dans le corps.

Je rentrais d’une mission de restauration corallienne près d’Hawaï.

J’avais passé des semaines à surveiller des fragments vivants, à noter la température de l’eau, à dormir mal, à manger debout et à rêver d’une seule chose : retrouver ma maison de bord de mer, ouvrir les fenêtres, entendre les vagues remplir les pièces.

Cette maison n’était pas un décor de vacances pour moi.

C’était le dernier endroit où ma grand-mère existait encore sans qu’on ait besoin de prononcer son nom.

Quand j’ai enfin ouvert, je n’ai pas compris tout de suite.

Mon corps a compris avant ma tête.

Le vieux canapé en cuir avait disparu.

Celui où ma grand-mère s’asseyait avec son gilet gris, un livre sur les genoux, en prétendant qu’elle ne dormait pas alors que tout le monde l’entendait respirer plus fort.

La table basse en bois flotté avait disparu aussi.

Je l’avais poncée et vernie moi-même, pendant trois week-ends, avec les mains abîmées et cette satisfaction bête de sauver un objet au lieu de le remplacer.

Le plaid cousu main n’était plus sur le fauteuil près de la fenêtre.

La photo encadrée de ma grand-mère n’était plus au mur.

À la place, il y avait un salon blanc.

Blanc, beige, net, arrangé.

Des coussins alignés.

Des fauteuils fins sur lesquels personne n’aurait osé s’asseoir avec un café.

Une table basse neuve, froide, sans aucune marque de verre, aucune rayure, aucune histoire.

J’ai avancé d’un pas.

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