Elle A Offert Cinq Homards, Sa Belle-Mère Lui A Laissé La Tête-nga9999

« Si tu rentres tard, tu prends la tête. La chair, c’était pour la vraie famille », a dit Béatrice sans retirer les yeux de la télévision.

"
"

Lucie est restée dans l’encadrement de la cuisine, encore en blouse noire de salon, les épaules lourdes, les mains tachées de coloration malgré le savon.

L’odeur du décolorant lui collait aux poignets.

Image

La pluie battait les volets de l’appartement et le néon de la cuisine rendait tout plus dur, plus blanc, plus humiliant.

Il était 21 h 58.

Elle avait travaillé plus de douze heures.

Elle avait lavé des cheveux, coupé des pointes, écouté des clientes parler de leurs vacances, souri à des gens qui ne savaient pas que son dos lui brûlait depuis le début de l’après-midi.

Elle avait avalé un café froid à 16 h 20, debout dans l’arrière-boutique du salon, puis elle avait continué.

Mais toute la journée, elle avait gardé une pensée simple pour tenir.

Ce soir, Olivier mangerait bien.

Ce matin-là, avant l’ouverture, Lucie était passée chez le poissonnier.

Elle avait demandé cinq gros homards, ceux qu’on regarde d’abord en calculant mentalement le prix avant d’oser dire oui.

Le ticket avait fait mal.

Elle l’avait plié en quatre et glissé dans la poche de son manteau, comme si le cacher rendait la dépense moins lourde.

Elle pensait à Thomas, son mari, à Béatrice, sa belle-mère, à Cassandre, enceinte de six mois, et surtout à Olivier, cinq ans, qui avait collé son nez à la vitrine de la poissonnerie quelques jours plus tôt en demandant si les grosses pinces étaient celles d’un monstre de mer.

Lucie avait souri en y repensant.

Alors elle avait payé.

Elle était rentrée déposer le sac dans la petite cuisine, à côté du panier à pain et des cahiers de coloriage d’Olivier.

Béatrice était déjà là, assise près de la fenêtre, son gilet beige bien fermé, son visage doux dès qu’il y avait quelque chose de cher sur la table.

« Béatrice, je vous les laisse. Faites-les au beurre à l’ail pour ce soir, s’il vous plaît. Et faites bien manger Olivier, d’accord ? »

Béatrice avait posé une main sur le sac comme on bénit une offrande.

« Ne t’inquiète pas, ma chérie. Je m’occupe de tout. »

Lucie avait voulu croire à cette phrase.

Elle avait voulu y croire parce qu’elle avait besoin d’y croire.

Dans une famille, on accepte parfois les demi-sourires parce qu’on n’a pas la force de mesurer tous les mensonges.

Elle avait embrassé Olivier sur le front, pris son sac de travail, et elle était partie.

Quand elle est revenue ce soir-là, l’appartement ne sentait pas le dîner gardé au chaud.

Il sentait la bière, le beurre refroidi, le citron écrasé et cette odeur de table sale qu’on laisse exprès à quelqu’un d’autre.

Dans le salon, les assiettes étaient empilées sur la table basse.

Des canettes vides roulaient presque sous le canapé.

Read More

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *