Elle A Appelé À 2 h 13 Pour Un Lit, Puis La Porte S’Est Rouverte-nhu9999

À 2 h 13 du matin, j’ai murmuré au téléphone : « Rien de grave. Personne n’est blessé. J’ai 14 ans, mon petit frère dort par terre. »

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Le vieux mobil-home craquait dans le vent comme une boîte oubliée au bord d’un champ.

Il faisait froid dans la cuisine, un froid qui remontait par le sol et qui se glissait sous les manches.

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L’odeur de linge humide se mélangeait au produit vaisselle, à la poussière tiède du petit chauffage, et à cette fatigue qu’on ne sent que dans les maisons où tout le monde tient encore debout par habitude.

Je m’appelais Lina.

J’avais 14 ans.

Mon petit frère, Noé, dormait dans une bassine à linge en plastique, entouré de deux serviettes et d’un vieux sweat à moi.

Notre matelas était éventré depuis des semaines.

Les ressorts sortaient sur le côté comme des crocs, et je savais exactement où poser le genou pour ne pas me blesser quand je me levais la nuit.

Maman disait toujours qu’elle allait régler ça après le prochain salaire.

Elle ne mentait pas.

Elle croyait vraiment qu’un prochain salaire allait tout réparer, puis il y avait la facture d’électricité, la fuite sous l’évier, les chaussures de Noé trop petites, et les courses qu’on repoussait jusqu’au soir où il ne restait que des pâtes.

Elle travaillait de nuit.

Elle nettoyait des bureaux quand les gens normaux dormaient, puis elle livrait des repas jusqu’au petit matin.

Elle rentrait vers 6 heures avec son manteau humide, l’odeur de javel accrochée aux poignets, et parfois un sac en papier avec des frites froides qu’un client n’avait pas récupérées.

Elle n’était pas une mauvaise mère.

Elle était une femme qui courait plus vite que la honte, et la honte courait très vite.

Cette nuit-là, pourtant, je n’ai pas réussi à attendre 6 heures.

Noé toussait dans son sommeil.

Pas une grosse toux de cinéma.

Une petite toux sèche, basse, qui revenait toutes les cinq minutes et qui faisait trembler ses épaules.

J’avais touché ses mains.

Elles étaient froides.

J’avais remis la serviette autour de lui.

J’avais essayé de coincer un torchon sous la porte, là où l’air passait.

J’avais relancé le chauffage, puis il avait claqué deux fois et s’était remis à souffler à peine.

Alors j’ai pris le vieux téléphone.

J’ai composé le numéro de la permanence sociale du département, celui qu’une surveillante du collège m’avait donné des mois plus tôt, quand elle avait vu que je gardais parfois du pain de la cantine dans ma poche.

Je n’avais jamais appelé.

Je pensais que téléphoner, c’était avouer.

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