Deux mois après le divorce, il la revoit seule à l’hôpital-nhu9999

Le couloir sentait le gel hydroalcoolique, le café brûlé et les manteaux mouillés qui séchaient lentement sous les néons.

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Au bout du service, un chariot grinçait sur le carrelage, et près de l’accueil une femme parlait au téléphone d’une voix si basse qu’on aurait dit qu’elle avait peur que la mauvaise nouvelle l’entende.

Je venais seulement voir mon meilleur ami après son opération.

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Je ne m’attendais pas à tomber sur Émilie.

Mon ex-femme.

La femme avec qui j’avais signé les papiers du divorce deux mois plus tôt.

Elle était assise seule dans un coin, avalée par une blouse d’hôpital bleu pâle, les épaules rentrées comme si elle essayait de prendre le moins de place possible dans le monde.

À l’accueil du service de médecine interne, un petit drapeau tricolore dépassait d’un pot à stylos, banal et lumineux, pendant que tout, chez elle, semblait comme effacé.

Pendant une seconde, j’ai cru que mon esprit me punissait.

Puis elle a relevé la tête.

C’était elle.

Je m’appelle Mathieu, j’ai trente-quatre ans, je travaille dans un bureau, et ma vie avait longtemps tenu dans des lignes simples : transports, open space, mails, courses, dîner, sommeil, recommencer.

Pendant cinq ans, Émilie avait fait partie de chacune de ces lignes.

Notre mariage n’avait rien de spectaculaire.

De l’extérieur, on devait ressembler à beaucoup de couples ordinaires : un petit appartement, des sacs de courses sur la table de la cuisine, des factures coincées sous un aimant sur le frigo, du linge qui séchait près du radiateur, une machine qui tournait pendant qu’on parlait d’un futur qui semblait encore disponible.

On hésitait sur des choses ridicules et tendres, comme la couleur d’une chambre que nous n’avions pas encore, crème ou jaune pâle, ou l’endroit où placer une bibliothèque que nous n’avions pas les moyens d’acheter.

À l’époque, cette banalité me paraissait solide.

Émilie avait une chaleur discrète.

Elle n’était pas le genre de femme à chercher le centre d’une pièce, mais quand je rentrais tard, les chaussures traînant sur le parquet, la cravate desserrée, elle posait une tasse près de mon ordinateur et l’appartement devenait moins dur.

Elle savait faire tenir l’amour dans de petits gestes.

Un plat gardé au chaud.

Une écharpe déposée sur le porte-manteau parce que j’oubliais toujours la mienne.

Une main sur mon épaule quand je croyais que personne ne voyait ma fatigue.

On parlait d’acheter un jour une petite maison, rien d’extraordinaire, juste un portail, une boîte aux lettres à notre nom et peut-être un rosier près de la porte parce qu’elle disait qu’une maison devait accueillir quelqu’un avant même qu’on sonne.

Puis la vie nous a repris des choses.

Trois ans après notre mariage, Émilie a fait sa première fausse couche.

Je me souviens encore de sa main serrant le drap de l’hôpital, les phalanges blanches, comme si tenir assez fort pouvait empêcher la réalité de poursuivre sa route.

Je me souviens de l’odeur du café froid dans la chambre, de l’écran éteint, de mon incapacité à trouver une phrase qui ne sonne pas creux.

Après la deuxième fausse couche, quelque chose s’est déplacé chez nous d’une manière que je n’ai pas su réparer.

Émilie a arrêté de fredonner dans la cuisine.

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