Ce qu’il a trouvé dans le plâtre d’une enfant a glacé l’hôpital-nga9999

À 15 h 07, mardi dernier, la pluie cognait contre les vitres de la consultation d’orthopédie pédiatrique.

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Dans le couloir, l’odeur du désinfectant se mélangeait à celle des manteaux humides et du café réchauffé du poste infirmier.

Ce n’était pas une odeur agréable, mais elle avait quelque chose de familier, presque rassurant, comme tout ce qu’on finit par associer à un lieu où les gens viennent avec la peur et repartent parfois avec un papier, un pansement, une consigne.

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J’avais une scie à plâtre dans la main.

Sur la tablette roulante, il y avait une fiche d’admission, une paire de ciseaux, un écarteur métallique, une petite lampe, des compresses, et cette poussière blanche qu’on retrouve toujours après les déplâtrages.

Depuis douze ans, je travaillais en orthopédie pédiatrique.

J’avais appris à parler doucement pendant que les machines faisaient du bruit.

J’avais appris à sourire aux parents qui paniquaient plus que leurs enfants.

J’avais appris à dire « ça va aller vite » même quand je savais qu’un enfant n’entendait que le son aigu de la scie et imaginait le pire.

Ce jour-là, pourtant, avant même que la machine ne démarre, j’ai senti que quelque chose n’allait pas.

La porte de la salle d’examen 4 s’est ouverte, et Léa est entrée.

Elle avait 6 ans.

Une résine rose vif lui prenait toute la jambe, de la cuisse jusqu’au pied, avec les bords un peu usés par six semaines de déplacements lents, de chaises tirées trop près et de nuits sans vraie position confortable.

La résine paraissait énorme sur elle.

Pas seulement large.

Lourde.

Comme si on avait attaché à cette petite fille un morceau d’objet adulte, quelque chose de rigide, de froid, de trop grand pour son corps.

Elle portait un tee-shirt jaune pâle qui lui tombait trop bas sur les épaules, un gilet fin, et des baskets dont l’une pendait mollement au bout de la jambe valide.

Ses cheveux étaient attachés à la va-vite, avec des mèches collées près des tempes par l’humidité.

Mais ce qui m’a frappé, ce n’est pas son plâtre.

Ce sont ses yeux.

Léa avait des yeux qui ne semblaient pas avoir 6 ans.

Elle ne regardait pas autour d’elle comme les enfants qui entrent dans une salle de soins et cherchent les autocollants, les affiches, la porte, le parent.

Elle regardait le sol.

Pas par timidité.

Par calcul.

Comme si chaque geste autour d’elle devait être évalué avant d’être autorisé à exister.

L’homme qui l’accompagnait s’appelait Damien sur le dossier.

Le formulaire disait : tuteur.

Il était grand, large, avec une veste épaisse encore mouillée par endroits, des chaussures de travail et une odeur de tabac froid couverte par une menthe bon marché.

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