À huit mois de grossesse, sa belle-famille l’a laissée s’épuiser-nhu9999

Thomas Leroux est rentré à 22 h 13 avec les épaules lourdes, les mains froides et l’odeur du gasoil encore accrochée à sa veste de travail.

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Dans la cage d’escalier, la minuterie s’était éteinte trop vite, comme toujours, et il avait dû appuyer du coude sur l’interrupteur du palier avant de chercher ses clés. Derrière la porte de l’appartement, il entendait déjà la télévision, des rires, le son d’une vidéo jouée trop fort sur un téléphone.

Il a pensé, bêtement, que Camille devait être allongée dans leur chambre.

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À huit mois de grossesse, elle se fatiguait vite depuis quelques semaines. Le matin même, elle lui avait envoyé un message simple : “Le bébé bouge beaucoup aujourd’hui.” Il avait relu cette phrase deux fois pendant sa pause, assis dans une salle de repos sans fenêtre, entre un café tiède et un sandwich avalé trop vite.

Toute la journée, il avait tenu avec cette idée-là.

Rentrer. Prendre une douche. Embrasser sa femme. Poser sa main sur son ventre. Oublier, pendant dix minutes, les factures, les horaires, les remarques de sa mère, les demandes de ses sœurs.

Il a ouvert la porte.

L’odeur de pizza froide lui a sauté au visage, mélangée à celle de la sauce, du sucre renversé et d’un produit ménager trop fort.

Le salon était allumé comme en plein jour. Sur la table basse, il y avait des cartons de pizza ouverts, des gobelets en plastique, des serviettes roulées en boule, des assiettes sales posées sur le bord du canapé. La télé crachait un feuilleton à plein volume.

Sa mère, Madame Célia, occupait l’angle du canapé, enveloppée dans un plaid gris, un coussin coincé derrière le dos. Renata, l’aînée de ses sœurs, faisait défiler son nouveau téléphone avec une concentration presque sérieuse. Talía riait toute seule devant une vidéo. Bruna fouillait dans les cartons de pizza en râlant parce que le livreur avait oublié le soda zéro.

Thomas a posé son sac près du porte-manteau.

Tout cela, il le payait.

Le loyer de cet appartement trop petit pour autant d’adultes. Internet. Les courses. Les livraisons commandées sans lui demander. Les médicaments de sa mère. Les formations en ligne de Renata. Les frais de dossier de Talía. Les “petites urgences” de Bruna, qui arrivaient toujours avec le même message : “Je te rembourse, promis.”

Il avait accepté, au début, parce que sa mère avait eu une mauvaise période et parce que ses sœurs avaient juré que ce serait temporaire.

Le temporaire durait depuis plus d’un an.

Camille n’avait jamais élevé la voix à ce sujet. Elle préparait un café quand il rentrait tard, posait les courriers importants sur la petite table de la cuisine, gardait les tickets de caisse dans une pochette bleue, et disait seulement : “On va s’organiser.”

C’était sa manière d’aimer.

Elle ne demandait pas grand-chose. Un peu de respect. Une chambre calme. Que personne ne fume près de la fenêtre ouverte. Qu’on ne transforme pas leur appartement en salle d’attente permanente.

Thomas a regardé le salon, puis le couloir.

— Où est Camille ?

Renata n’a pas levé les yeux.

— Dans la cuisine, je crois.

Il a tourné la tête vers elle.

— Tu crois ?

Talía a laissé échapper un rire, sans méchanceté apparente, ce qui rendait la phrase encore plus violente.

— Elle est allée laver deux, trois petites choses. Une femme à la maison ne va quand même pas rester sans rien faire toute la journée.

Thomas a senti son visage se fermer.

Sa mère a soupiré.

— Ne commence pas, Thomas. Ta femme doit apprendre que la grossesse n’est pas une maladie. Quand j’étais enceinte de toi, je prenais le bus bondé et je faisais à manger pour huit personnes.

Il aurait pu répondre.

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