Elle A Été Effacée Des Photos, Puis 34 Soldats Ont Franchi La Porte-nga9999

Je m’appelle Clara Moreau, j’ai trente ans, et pendant longtemps j’ai cru qu’une famille pouvait vous faire disparaître sans jamais ouvrir la bouche.

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La mienne n’avait pas besoin de crier.

Elle savait déplacer une chaise, fermer une porte, tourner un cadre vers le mur, oublier un prénom au moment exact où quelqu’un demandait combien il y avait d’enfants à la maison.

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Ma mère, Marlène, faisait tout avec calme.

C’était ce calme qui rendait les choses plus difficiles à expliquer.

Quand j’avais huit ans, elle m’a envoyée chez tante Laure pendant sept semaines.

Elle l’a fait un samedi matin, dans notre maison silencieuse, pendant que le couloir sentait le produit citronné et que la salle de bains vibrait du petit souffle brûlant d’un fer à friser.

Je me souviens du parquet froid sous mes pieds, de mes chaussettes trouées, de la fermeture éclair de ma valise violette que ma mère tirait sans me regarder.

Je n’avais pas préparé cette valise.

Je ne savais même pas que je partais.

« Habille-toi, Clara, tu vas rester un peu chez tante Laure », a-t-elle dit d’une voix douce.

Cette voix-là n’était pas pour moi.

C’était la voix qu’elle utilisait quand des voisins pouvaient entendre, quand quelqu’un passait devant le portail, quand il fallait avoir l’air d’une mère patiente.

J’ai demandé combien de temps.

Elle a répondu : « Ne commence pas. »

Chez nous, cette phrase voulait dire que la vérité était déjà décidée, mais que je n’avais pas le droit de la regarder en face.

Ce jour-là, les Martin venaient prendre des photos de famille.

Ils étaient des amis de la paroisse, les gens devant qui ma mère se tenait plus droite, riait plus fort, servait le café dans les jolies tasses et sortait les serviettes qu’on ne touchait jamais le reste de l’année.

Ils avaient un studio photo et venaient faire des portraits pour les cartes de vœux.

Des portraits propres.

Des portraits qu’on mettrait dans des enveloppes crème pour dire à tout le monde : regardez comme nous sommes heureux.

Dans la salle de bains, ma sœur Élise chantonnait.

Maman lui bouclait les cheveux avec une patience presque tendre, vaporisait de la laque, lissait le col de sa robe blanche, reculait d’un pas pour vérifier que tout tenait.

Élise avait six ans, peut-être sept, et elle ne comprenait pas tout.

Elle savait seulement qu’elle était jolie ce matin-là, et que maman souriait en la regardant.

Moi, j’étais assise sur mon lit avec la valise à côté de moi.

Sur ma joue gauche, la tache rouge que j’avais depuis la naissance descendait de la tempe à la mâchoire, large et irrégulière, comme une éclaboussure de vin qu’on n’aurait jamais réussi à essuyer.

Je la touchais souvent quand j’étais nerveuse.

Maman m’a vue faire.

« Ne fais pas cette tête », a-t-elle dit.

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