Elle A Craché Du Sang Sur Le Papier Qui Devait La Faire Taire-nga9999

La première chose qui m’est revenue, ce n’était pas une image.

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C’était le goût du sang.

Un goût de métal, épais, collé à ma langue, comme si j’avais gardé une pièce de monnaie dans la bouche pendant toute une nuit.

Image

Ensuite, il y a eu l’odeur.

Désinfectant, café brûlé, plastique chaud, et ce froid particulier des urgences qui entre sous la blouse avant même qu’on comprenne où l’on est.

J’ai ouvert les yeux à moitié.

Le plafond était trop blanc.

Un bip régulier venait du couloir, les roues d’un chariot grinçaient plus loin, et le drap sous ma main avait cette texture rêche des tissus lavés mille fois.

Je n’ai pas bougé tout de suite.

Je savais déjà que bouger trop vite, chez nous, donnait aux autres l’occasion de décider à votre place.

Puis j’ai entendu ma mère parler.

« Elle a glissé », a-t-elle dit.

Sa voix n’a pas tremblé.

Pas une seconde.

« Dans la salle de bains. Camille a toujours été maladroite. »

Je m’appelais Camille Martin, j’avais dix-neuf ans, et je venais d’apprendre que l’on pouvait être majeure sur le papier et redevenir enfant dès que sa mère acceptait de mentir devant un médecin.

Le docteur ne lui a pas répondu tout de suite.

Il s’appelait Moreau, d’après le badge accroché à sa blouse.

Il était debout près du lit, les bras immobiles, le regard posé sur mon visage, puis sur mon poignet, puis sur la manche de ma blouse qui remontait un peu trop haut.

Ma mère, elle, restait près du mur, son manteau encore fermé, son sac serré contre elle.

Je connaissais cette posture.

C’était celle qu’elle prenait quand elle voulait qu’une scène se termine sans avoir à choisir un camp.

Avant Arthur, ma mère n’était pas comme ça, ou alors je ne savais pas encore regarder.

Quand j’étais petite, elle laissait la lumière du couloir allumée si j’avais peur.

Elle vérifiait mon cartable, découpait les étiquettes qui grattaient dans mes pulls, et gardait toujours un paquet de biscuits dans le placard du haut pour les jours où l’argent manquait mais où il fallait quand même faire semblant que tout allait bien.

C’est pour ça que sa main, plus tard, sur ma couverture d’hôpital, m’a fait plus mal que la lampe.

Parce qu’une partie de moi se souvenait encore d’elle comme d’un endroit sûr.

Arthur était arrivé dans notre vie quand j’avais treize ans.

Ma mère disait qu’on avait besoin de stabilité.

Elle disait qu’un homme à la maison pouvait réparer le petit portail, payer l’électricité à temps, monter les packs d’eau, parler fermement quand les choses dépassaient.

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