Il A Cassé Sa Guitare Au Collège, Puis Le Dossier Bleu S’est Ouvert-nhu9999

Le jeudi avait commencé avec l’odeur habituelle du collège : le produit citronné sur le carrelage, la cantine qui préparait déjà ses frites, et les vestes mouillées qui séchaient mal sous les néons.

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Dans le hall, les casiers claquaient, les baskets crissaient, et le petit drapeau français près de la carte de France bougeait chaque fois que la porte d’entrée laissait entrer l’air froid.

Rien, dans cette matinée, ne disait qu’un instrument finirait brisé au milieu du couloir.

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Rien ne disait non plus que ce serait la dernière fois que Daniel rirait de cette manière.

Emma est arrivée à l’heure, comme presque toujours.

Elle tenait ses cahiers contre elle, avec l’étui de sa guitare qui lui tapait doucement contre le genou à chaque pas.

Elle n’avait pas cette façon d’occuper l’espace que certains élèves prennent très tôt, comme s’ils avaient déjà compris que le monde les laisserait passer.

Emma demandait pardon quand quelqu’un lui rentrait dedans.

Elle remerciait la personne qui lui tenait la porte, même quand cette personne ne l’avait fait qu’à moitié.

Les professeurs la connaissaient pour ses copies propres, ses réponses précises, et cette discrétion qui donne parfois aux adultes l’impression rassurante qu’un enfant va bien.

Mme Perrin, la professeure de musique, savait mieux que ça.

Elle avait remarqué qu’Emma rangeait ses partitions dans des pochettes transparentes pour qu’elles ne s’abîment pas dans son sac.

Elle avait remarqué aussi que, depuis quelques mois, Emma ne jouait plus toujours au même endroit pendant la pause déjeuner.

Au début, elle s’asseyait près de la salle de musique, sur le banc du couloir, là où la lumière tombait mieux par la porte vitrée.

Puis elle s’était déplacée près de l’escalier.

Puis elle avait cessé de jouer certains jours.

Quand un élève calme disparaît un peu, cela ne fait pas de bruit.

C’est précisément pour cela que beaucoup de gens ne voient rien.

Daniel, lui, voyait très bien Emma.

Il la voyait comme une cible facile, parce qu’elle ne répondait presque jamais.

Il la voyait comme une fille qui baissait les yeux, une excellente élève sans bande bruyante autour d’elle, quelqu’un dont on pouvait se moquer en laissant croire que c’était de l’humour.

Depuis des mois, il la cherchait par petites touches.

Un commentaire en passant devant son casier.

Un rire trop fort quand elle ouvrait son étui.

Une imitation ridicule de sa façon de tenir la guitare.

Un « oh pardon » lancé avec un grand sourire quand son sac cognait exprès contre son épaule.

Ce n’était jamais assez énorme pour que tout le monde se lève d’un seul coup.

C’était même ça, le plus efficace.

La méchanceté qui dure ne commence pas toujours par un coup.

Elle commence souvent par un détail que tout le monde accepte de trouver petit.

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