Son petit-fils enterré à 15 h est revenu chez elle trempé de boue-nhu9999

En rentrant de l’enterrement de mon petit-fils de huit ans, je l’ai trouvé debout devant ma porte, ses vêtements déchirés.

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Il était censé être sous terre.

Au lieu de ça, Timéo était là, sous la lumière jaune du palier, trempé jusqu’aux os, tremblant si fort que ses dents claquaient l’une contre l’autre.

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La pluie du cimetière collait encore à ma robe noire, froide sur mes genoux, et l’odeur des lys de l’église restait accrochée à mon manteau, cette odeur trop douce qu’on retrouve dans les enterrements et qu’on déteste pour toujours après.

Dans ma main, le petit livret de cérémonie se pliait déjà en deux : Timéo Martin, huit ans, cérémonie à 15 h.

À mes pieds, son unique chaussette mouillée laissait une trace grise sur le paillasson.

— Mamie Élise.

Pendant une seconde entière, ma main est restée suspendue au-dessus de la serrure.

Une partie de moi était encore au cimetière, devant le cercueil blanc qu’on avait descendu dans la terre lourde, avec Bruno, mon fils, serrant Maud contre lui devant les voisins et les collègues venus poser leurs plats sous film plastique dans la salle paroissiale.

L’autre partie de moi regardait ce même enfant debout devant mon appartement, vivant, un soulier manquant, de la boue sur la joue comme si quelqu’un y avait passé un pouce sale.

Sa veste bleue d’école était arrachée à l’épaule, ses cheveux collés d’un côté, et il avait ce regard que les enfants n’ont pas quand ils font un cauchemar, mais quand un adulte leur a appris à avoir peur.

— Mamie, aide-moi.

Alors mon corps s’est souvenu qu’il m’appartenait encore.

Je suis tombée à genoux, j’ai pris son visage dans mes deux mains, et sa peau était si froide que j’ai cru sentir le marbre du cimetière sous mes doigts.

— Tu es là, j’ai soufflé.

Il a hoché la tête une seule fois.

Je l’ai fait entrer, j’ai fermé la porte, puis j’ai tourné le verrou, la chaîne, le petit loquet du haut.

À chaque clic, Timéo sursautait.

Ce sursaut m’a dit plus que la boue.

Il n’était pas perdu.

Il ne marchait pas dans son sommeil.

Il fuyait.

Dans la cuisine, je lui ai mis un torchon propre sur les épaules et j’ai fait chauffer une soupe, parce que mes mains tremblaient trop pour rester inutiles.

Du pain sur une assiette.

Du jus de pomme dans un vrai verre, pas dans une brique, parce que le vendredi après l’école il disait toujours que les briques faisaient bébé.

Pendant trois ans, il avait connu cette table, le tiroir des biscuits, sa tasse bleue derrière les grandes, le parquet qui craquait près du radiateur et le sac de boulangerie plié sur le buffet.

Il venait tous les vendredis après la sortie de l’école, et il savait que je coupais encore ses tartines en triangles, même quand il protestait en disant qu’il était presque grand.

Cette confiance-là, quelqu’un s’en était servi.

Il regardait chacun de mes gestes.

Pas comme un enfant qui attend son dîner.

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