Ils Ont Pendu Le Garde Dans La Neige. Puis Le Loup A Bondi Vers Lui-nga9999

La neige avait un froid sec, celui qui ne se contente pas de toucher la peau, mais qui s’installe derrière les dents et rend chaque respiration plus dure.

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Dans la forêt protégée, tout semblait recouvert deux fois : une fois par le blanc, une autre par le silence.

Michel connaissait ce silence depuis des années.

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Il savait reconnaître le simple craquement d’une branche, le pas lourd d’un sanglier, le frottement d’un chevreuil entre deux jeunes pins.

Ce jour-là, le bruit n’avait rien de naturel.

C’était un frottement long, sale, une chose traînée sur le sol gelé avec trop de poids et pas assez de respect.

Au poste des gardes, à 14 h 17, il avait écrit une phrase dans le registre, à côté du cercle brun laissé par son thermos : nouvelles traces de fusil près de la clairière nord.

Il n’avait pas écrit plus.

Dans ce métier, les phrases trop longues viennent souvent après le danger, jamais avant.

Michel avait enfilé son vieux manteau vert, serré son écharpe, vérifié sa radio et regardé une dernière fois la carte du secteur accrochée au mur.

Un petit écusson tricolore était cousu sur sa manche, usé sur les bords, blanchi par le givre dès qu’il avait quitté le poste.

Il avait pris le chemin du nord sans courir.

Il connaissait cette partie de forêt comme on connaît une maison ancienne : les marches qui grincent, les portes qui coincent, les coins où l’air reste plus froid.

Dix minutes plus tard, il les a vus.

Quatre hommes sortaient de la clairière avec des fusils en bandoulière.

Ils riaient trop fort.

Derrière eux, deux formes sombres rayaient la neige, et les traces qu’ils laissaient n’avaient rien d’un passage ordinaire.

Michel a senti la colère monter, mais il l’a gardée derrière les dents.

Il avait appris avec les années qu’un homme qui crie trop tôt donne aux autres une excuse pour ne plus l’écouter.

Il est sorti de derrière les pins.

« Vous vous arrêtez là », a-t-il dit.

Les quatre se sont retournés.

Le plus grand avait une barbe courte, des joues rougies par le froid, et ce regard plat des gens qui mesurent d’abord le nombre de témoins.

Il n’y en avait aucun.

« La chasse s’arrête maintenant », a continué Michel. « Vous êtes en zone protégée. Vous posez les fusils et vous sortez de la forêt. »

Un des hommes a soufflé par le nez.

Un autre a souri.

Puis ils ont ri ensemble, d’un rire sec qui cassait le silence mieux qu’une branche.

« Vous avez entendu ? » a lancé celui qui semblait mener les autres. « Papy croit que c’est son bois. »

Michel n’a pas bougé.

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