Il A Perdu 37 Nounous Avant De Comprendre Ce Que Ses Filles Cachaient-nga9999

En deux semaines, 37 nounous avaient quitté la maison des Laurent comme on quitte un endroit où l’air manque.

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La première était sortie en pleurant, le manteau serré contre elle.

Une autre avait jeté son badge au gardien en jurant qu’elle ne reviendrait pas, même pour 100 000 euros.

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La trente-septième avait franchi la grille avec de la sauce piquante sur son uniforme, des paillettes collées aux sourcils et une morsure sur l’avant-bras.

Avant de monter dans le taxi, elle s’était retournée vers la façade claire de la maison et avait crié : « Ces petites n’ont pas besoin d’une nounou. Elles ont besoin d’un père qui arrête de se cacher dans son bureau. »

Au troisième étage, Thomas Laurent avait tout entendu.

Il aurait pu fermer la fenêtre.

Il aurait pu appeler son assistant pour demander une nouvelle agence.

Il aurait pu faire ce qu’il faisait depuis 18 jours : transformer une douleur impossible à regarder en problème d’organisation.

Mais cette phrase resta dans son bureau avec lui.

Sur le mur, une photo montrait Élise, sa femme, entourant leurs six filles au bord d’un lac.

Sophie, Léa, Clara, Manon, Chloé et Inès souriaient toutes.

Toutes avaient l’air sûres que le monde tiendrait.

Thomas avait 39 ans, une société de technologie financière, une réputation d’homme calme, et une maison où aucun adulte ne tenait plus d’une journée.

Nicolas entra avec un dossier d’agence à la main.

« Monsieur, plus personne ne veut envoyer du personnel. La maison est signalée. »

Thomas se retourna.

« Signalée ? Ce sont des enfants.

— Oui. Mais elles ont abîmé le piano, enfermé une psychologue dans le cellier et mis de la colle sous les chaussures de la cuisinière. »

En bas, un fracas secoua le hall.

Puis un cri.

Puis un rire d’enfant, trop dur pour être un vrai rire.

Il y a des maisons où les enfants font du bruit parce qu’ils vivent.

Celle-ci faisait du bruit parce que personne ne savait où poser le chagrin.

« Trouvez quelqu’un pour aujourd’hui, dit Thomas. Nounou, aide ménagère, renfort temporaire, n’importe quoi. Mais quelqu’un qui entre avant ce soir. »

À l’autre bout de la ville, Camille Moreau attachait ses cheveux devant un miroir taché.

Elle avait 26 ans, des baskets fatiguées et deux mensualités de retard pour sa formation en psychologie de l’enfant.

Le soir, après ses ménages, elle suivait des cours en ligne sur les colères, les morsures, les enfants qui cassent et ceux qui appellent au secours sans réussir à le dire.

Sa mère vendait du café et des crêpes près d’une gare de banlieue.

À 17 h 20, la responsable d’une agence l’appela.

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