Sa belle-mère a versé du thé brûlant. Puis la pendule a clignoté-nhu9999

La première chose dont je me souviens, c’est l’odeur d’amande.

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"

Pas le goût.

L’odeur.

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Douce, grasse, presque rassurante au premier souffle, puis immédiatement fausse, collée au petit bol blanc posé sur la table basse comme une menace qui aurait pris l’apparence d’une sauce maison.

La pluie tapait contre la fenêtre du salon, la lumière de la lampe en laiton tombait sur le parquet en longues bandes jaunes, et le thé de Marguerite fumait près du canapé avec cette odeur de menthe trop forte qui me donnait déjà la nausée.

J’avais porté une cuillerée à ma bouche parce que Daniel m’avait regardée avec ce sourire calme qu’il utilisait quand il voulait que je cesse d’être méfiante.

Une seule cuillerée avait suffi.

Ma gorge s’est refermée comme si quelqu’un avait serré un poing autour de ma trachée.

Ma langue a gonflé.

Ma poitrine s’est verrouillée.

J’ai voulu dire amande, mais le mot est resté coincé derrière mes dents, énorme, inutile, pendant que l’air quittait mon corps en filets trop minces.

Daniel savait.

Il savait depuis six ans ce que les amandes pouvaient me faire.

Il avait connu mes vérifications d’étiquettes au supermarché, mes questions gênées dans les restaurants, mon sac toujours rempli d’un stylo d’adrénaline et de comprimés, mes gestes automatiques avant chaque repas chez des gens.

Pendant les premières années, il avait même porté mon stylo d’adrénaline dans la poche intérieure de sa veste, comme une preuve silencieuse qu’il faisait attention à moi.

Dans les gares, il tapotait sa veste et disait : « Je l’ai, Camille. Respire. »

Aux repas de famille, quand Marguerite levait les yeux au ciel parce que je demandais encore la composition d’un plat, Daniel posait sa main sur ma nuque et répondait à ma place.

Il avait été mon calme.

C’est pour ça que sa poche vide, ce soir-là, m’a fait plus peur que ma gorge.

J’ai tendu la main vers le bout du canapé, là où je croyais avoir laissé mon sac, mais mes doigts n’ont rencontré que le bord du coussin, puis le vide.

Je suis tombée de côté avant d’avoir compris que mes jambes ne répondaient plus.

La pièce a basculé avec moi.

J’ai vu la lampe en laiton, la photo de notre mariage civil dans son petit cadre doré, la cheminée de marbre, le panier à pain oublié sur la table du dîner, et la pendule posée sur le manteau, dont la petite lumière rouge clignotait à 20 h 47.

Daniel était debout près du canapé.

Il ne courait pas.

Il ne cherchait pas mon sac.

Il ne criait pas aux secours.

Il me regardait avec un visage qui essayait d’avoir l’air horrifié, mais ses yeux passaient déjà de moi à sa mère, puis de sa mère à la fenêtre.

Marguerite, elle, s’est agenouillée.

Elle portait un gilet crème, une jupe sombre, et ce parfum froid qu’elle mettait toujours quand elle voulait donner l’impression d’être irréprochable.

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