Ce Que Sa Mère A Trouvé Dans La Baignoire A Brisé Le Silence-nhu9999

L’appartement sentait le café refroidi, la lessive humide et cette poussière fine qui revient toujours quand on laisse une fenêtre entrouverte sur une rue passante.

"
"

Chaque après-midi, à seize heures trente, le même bruit traversait le couloir : la clé dans la serrure, le cartable qui heurtait le parquet, puis les pas rapides de Camille jusqu’à la salle de bain.

Elle avait dix ans.

Image

Elle ne disait presque rien en rentrant de l’école.

Elle déposait son sac près du porte-manteau, évitait la cuisine, évitait mon regard, et refermait la porte derrière elle avant même que j’aie le temps de lui demander si sa journée s’était bien passée.

Au début, je m’étais trouvée raisonnable de ne pas m’inquiéter.

Les enfants reviennent parfois sales, fatigués, collants de colle ou de transpiration après la cour.

Camille n’avait jamais été une petite fille fragile dans le sens où les adultes emploient ce mot quand ils ne veulent pas regarder de trop près.

Elle courait, riait fort, oubliait ses cahiers sous la table, gardait de la peinture sur les doigts et des miettes de goûter dans la poche.

Elle n’était pas soigneuse.

Elle n’était pas obsédée par la propreté.

C’est justement pour cela que cette routine a commencé à prendre toute la place dans ma tête.

Tous les jours, la douche.

Tous les jours, l’eau qui coulait longtemps.

Tous les jours, ce petit silence après, quand elle sortait en pyjama alors que le ciel n’était même pas sombre.

Je travaillais souvent depuis la table de la cuisine, un ordinateur ouvert, une tasse de café oubliée, des papiers administratifs empilés près de la corbeille de fruits.

Je savais reconnaître les bruits de l’immeuble.

Le voisin du troisième qui tapait ses chaussures contre le paillasson.

La minuterie de l’escalier qui bourdonnait avant de s’éteindre.

Le facteur qui refermait les boîtes aux lettres trop fort.

Et au milieu de ces bruits ordinaires, il y avait l’eau de Camille, insistante, presque urgente.

Un soir, j’ai préparé une assiette avec quelques biscuits et un verre de lait.

Je l’ai posée sur la petite table, entre le panier à pain et son cahier de poésie oublié.

Quand elle est sortie de la salle de bain, ses cheveux étaient mouillés, ses joues rouges, et elle tenait sa serviette contre elle comme si quelqu’un allait la lui arracher.

Je lui ai demandé doucement pourquoi elle se douchait toujours tout de suite en rentrant.

Elle a levé les yeux vers moi.

Son sourire est arrivé trop vite.

J’aime juste être propre, maman.

La phrase était simple.

Trop simple.

Read More

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *