À Noël, mon fils est arrivé défiguré à la grille de ma base militaire-nga9999

Le matin de Noël, sur une base militaire française, le calme ne ressemble jamais vraiment à la paix.

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Il y a le café qui brûle doucement sur une plaque, l’odeur froide du gasoil près des parkings, la laine humide des manteaux qu’on accroche dans les couloirs, et ce silence trop net des endroits où chacun sait que le désordre coûte cher.

À 6 h 18, j’étais debout dans ma cuisine, un mug dans la main, les volets encore à moitié fermés, quand mon téléphone a sonné.

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L’écran indiquait : sécurité du poste d’entrée.

Je n’ai pas tout de suite bougé.

On ne m’appelait jamais de ce poste à cette heure-là pour une bonne raison.

« Colonel Morel ? » a demandé un jeune agent.

« Oui. »

Sa voix s’est serrée.

« Mon colonel, il y a un civil ici. Il demande à vous voir. Il dit qu’il est votre fils. »

J’ai regardé mon café, puis la porte de l’appartement de fonction, comme si Hugo pouvait apparaître dans l’encadrement avec son vieux sac, son sourire de gamin fatigué et cette manière qu’il avait de dire qu’il avait faim même quand il venait de manger.

« Mon fils a une autorisation d’accès », ai-je répondu.

Un silence est tombé dans le combiné.

Il n’a pas duré longtemps, mais il m’a suffi.

« Mon colonel… vous devez venir. »

J’ai enfilé ma veste, pris mes clés, et je suis sorti sans fermer mon mug, sans éteindre la petite lumière au-dessus de l’évier.

Dehors, la base dormait sous un ciel gris, avec des décorations de Noël attachées aux lampadaires et des guirlandes modestes autour de l’accueil, comme si des rubans rouges pouvaient réchauffer le béton.

Je me souviens de ces rubans parce que mon esprit s’est accroché à eux pour ne pas penser.

Puis je suis arrivé au poste d’entrée.

Hugo était là.

Deux agents se tenaient près de lui, mais personne ne le touchait vraiment, comme s’ils avaient peur qu’il se brise au moindre geste.

Il penchait vers l’avant, un bras contre ses côtes, l’autre ballant, et son visage était si abîmé que pendant une seconde je n’ai pas reconnu mon propre fils.

Cette seconde a été plus violente que tout le reste.

Puis il a levé la tête.

« Papa. »

Le mot était mouillé de sang.

J’ai arrêté le véhicule de travers, sans même m’en rendre compte, et je suis allé vers lui.

L’un des agents a tenté de m’expliquer quelque chose, mais je ne l’ai pas entendu.

J’ai rattrapé Hugo au moment où ses jambes cédaient.

Il est tombé contre moi avec le poids d’un enfant qui n’a plus la force de mentir.

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