Un médecin enlève le plâtre d’un enfant et découvre l’impensable-nga9999

L’odeur est arrivée avant l’enfant.

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Elle a traversé les portes automatiques des urgences, glissé le long du couloir, recouvert l’odeur habituelle du désinfectant et du café refroidi au poste de soins.

C’était une odeur douceâtre, métallique, si épaisse qu’elle semblait rester sur la langue.

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Je m’appelle Sarah Martin, je suis médecin urgentiste, et ce soir-là je travaillais depuis presque douze heures dans un centre hospitalier de banlieue, un de ces services où l’on connaît les habitués, les pompiers du secteur, les enseignants qui accompagnent un élève après une chute, les parents qui arrivent inquiets avec un carnet de santé et un sac de pharmacie.

On croit parfois qu’un service d’urgences s’habitue à tout.

C’est faux.

On apprend à respirer autrement, à parler plus bas, à poser les mains au bon endroit, mais certaines choses entrent dans la pièce et changent la température de tout le monde.

À 18 h 42, selon la fiche de tri, un garçon de 8 ans a été amené sur un brancard en salle de déchocage 2.

Maxime, l’aide-soignant qui l’avait reçu à l’entrée, m’a trouvée près du bureau infirmier.

Il tenait une main devant sa bouche, et son visage avait perdu toute couleur.

« Docteure Martin, maintenant », a-t-il dit. « Pédiatrie. Huit ans. La mère dit petite grippe. Pouls à 140, 39,9 de fièvre, tension qui descend. Il répond à peine. »

Il a baissé les yeux une seconde.

« C’est son bras. »

J’ai suivi Maxime sans poser plus de questions, parce que sa voix suffisait.

Dans notre métier, il y a des phrases qui ne sont pas des informations, mais des alarmes.

Dès que j’ai ouvert la porte vitrée de la salle 2, l’air m’a frappée au visage.

Sur le lit, un petit garçon était allongé, immobile, sous la lumière blanche des néons.

Il était si mince qu’il ne ressemblait pas à un enfant de 8 ans.

Ses joues étaient creusées, ses lèvres fendillées, et sa peau avait cette pâleur presque transparente qu’on voit chez les enfants qui ont eu mal trop longtemps sans pouvoir le dire.

Ses yeux étaient ouverts, mais ils ne cherchaient personne.

Ils flottaient vers le plafond, sans s’y accrocher.

Sur son bracelet d’identité, on lisait LUCAS RENAUD, 8 ANS.

Son bras droit était enfermé dans un plâtre en résine, des doigts jusqu’au-dessus du coude.

Ce n’était pas un plâtre d’enfant.

Il n’y avait pas de prénoms écrits au feutre, pas de petits dessins, pas de « courage » tracé par une camarade de classe.

Il était noirci, couvert de saleté, épaissi par endroits, marqué de taches brunâtres et de traces sombres qui avaient séché en anneaux irréguliers.

Les bords du plâtre avaient entamé la peau.

Sous les fragments de résine, l’avant-bras était gonflé, violacé, et les doigts étaient d’un bleu qui ne me plaisait pas.

J’ai appuyé doucement sur l’ongle de l’index.

La couleur n’est pas revenue.

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